Santé mentale 6 min de lecture· 7 novembre 2026

Trouble panique : repérage et prise en charge en soins primaires

Synthèse documentaire à l'usage des professionnels de santé sur le repérage du trouble panique, le diagnostic différentiel et les options de prise en charge en soins primaires, avec renvoi aux sources officielles françaises.

Par L'équipe médicale Hippocrate MG

Synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé. Ne constitue pas un avis médical personnalisé ni un dispositif médical. Référez-vous aux sources officielles citées.

Points clés

  • ✓Le trouble panique associe des attaques de panique récurrentes et inattendues à une anxiété anticipatoire ou à des évitements persistants.
  • ✓Une cause organique ou toxique doit être systématiquement envisagée avant de retenir le diagnostic.
  • ✓La TCC et les antidépresseurs ISRS/IRSNa sont les options de première intention usuelles, à vérifier sur les sources officielles.
  • ✓Les benzodiazépines ne sont pas un traitement de fond : leur durée de prescription est strictement encadrée.
  • ✓Il faut rechercher systématiquement les comorbidités (dépression, conduites addictives) et le risque suicidaire.

En bref

•Le trouble panique est un trouble anxieux caractérisé par des attaques de panique récurrentes, d'apparition inattendue.
•Il est fréquemment vu en soins primaires, souvent sous le masque de plaintes somatiques (douleur thoracique, palpitations, dyspnée, vertiges).
•L'errance diagnostique et le recours répété aux urgences ou aux examens complémentaires sont fréquents.
•Le trouble peut s'accompagner d'une agoraphobie, d'un épisode dépressif caractérisé ou d'un mésusage de substances.
•Cette fiche est une synthèse documentaire : elle ne se substitue ni au jugement clinique ni aux référentiels officiels.

Reconnaître le trouble panique

•Attaque de panique : accès brutal de peur intense ou de malaise, avec pic en quelques minutes, associant plusieurs symptômes physiques et cognitifs (selon les critères du DSM-5).
–Symptômes physiques possibles : palpitations, sueurs, tremblements, dyspnée, oppression thoracique, nausées, vertiges, paresthésies, frissons ou bouffées de chaleur.
–Symptômes cognitifs possibles : peur de mourir, de perdre le contrôle ou de devenir fou, déréalisation ou dépersonnalisation.
•Trouble panique : attaques récurrentes et inattendues, suivies d'au moins un mois de crainte persistante d'une nouvelle attaque ou de changement de comportement lié aux attaques (évitement).
•Agoraphobie associée : peur des lieux ou situations dont la sortie serait difficile (transports, foule, files d'attente), avec évitement ou besoin d'être accompagné.
•Éléments d'appel en consultation : consultations répétées pour symptômes somatiques sans lésion retrouvée, passages aux urgences, début souvent à l'adolescence ou chez l'adulte jeune.
•Une attaque de panique isolée ne suffit pas à poser le diagnostic : elle peut survenir dans d'autres troubles psychiques ou après exposition à une substance.

Démarche diagnostique

•Interrogatoire : circonstances de survenue, durée, caractère inattendu, évitements, retentissement socioprofessionnel, antécédents personnels et familiaux.
•Éliminer une cause organique selon le contexte clinique :
–Cardiovasculaire : trouble du rythme, syndrome coronarien, embolie pulmonaire (ECG, examen clinique).
–Endocrinienne et métabolique : dysthyroïdie, hypoglycémie, plus rarement phéochromocytome (examens à discuter selon la présentation, TSH et glycémie notamment).
–Respiratoire : asthme, BPCO.
–Neurologique : épilepsie temporale, vertiges d'origine vestibulaire.
•Rechercher une cause toxique ou médicamenteuse : caféine, cannabis, psychostimulants, sevrage alcoolique ou en benzodiazépines, corticoïdes, bronchodilatateurs, levothyroxine à dose excessive.
•Rechercher les comorbidités : épisode dépressif caractérisé, autres troubles anxieux, trouble de l'usage d'alcool ou de substances.
•Évaluer systématiquement le risque suicidaire, plus élevé en cas de comorbidité dépressive ou addictive.
•Des échelles d'évaluation peuvent aider au repérage et au suivi ; leur choix et leurs seuils sont à vérifier sur les sources officielles.
•Le diagnostic repose sur la clinique, selon les critères du DSM-5 ou de la CIM-11.

Prise en charge en soins primaires

•Principes généraux : annonce du diagnostic, psychoéducation (nature bénigne des symptômes, cercle vicieux de l'anxiété anticipatoire et de l'évitement), réduction des facteurs aggravants (caféine, alcool, cannabis).
•Psychothérapie : la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) est l'approche de référence du trouble panique selon les référentiels universitaires et les sociétés savantes ; sa disponibilité locale conditionne l'orientation.
•Pharmacothérapie de fond, à discuter selon la sévérité, les préférences et l'accès à la TCC :
–Antidépresseurs de type ISRS ou IRSNa (certaines molécules ont une AMM dans le trouble panique : à vérifier sur la BDPM).
–Une exacerbation transitoire de l'anxiété à l'initiation est décrite : instauration à dose faible puis augmentation progressive, information du patient sur le délai d'action.
–Durée de traitement et modalités d'arrêt progressif : à vérifier sur les sources officielles.
•Benzodiazépines :
–Ne constituent pas un traitement de fond du trouble panique.
–Pour l'anxiété, la durée de prescription est limitée par la réglementation (12 semaines au maximum, sevrage compris, à vérifier sur la source ANSM).
–Risques : dépendance, troubles cognitifs, chutes, mésusage ; se référer à la fiche mémo HAS sur l'arrêt des benzodiazépines.
•Grossesse et allaitement : consulter le CRAT avant toute prescription ou poursuite de traitement.
•Suivi : réévaluation de la fréquence des attaques, des évitements, de la tolérance du traitement et des comorbidités ; ALD possible pour les formes graves (se référer au guide HAS sur les troubles anxieux graves).

Signes d'alerte et quand orienter

•Orientation urgente : douleur thoracique évocatrice, signes neurologiques focaux, syncope, dyspnée sévère, anomalie à l'ECG ou tout tableau faisant évoquer une urgence somatique.
•Risque suicidaire ou idées suicidaires : évaluation immédiate et orientation selon le niveau de risque.
•Avis psychiatrique ou orientation spécialisée à envisager :
–Absence de réponse après des traitements adaptés et bien conduits.
–Comorbidité dépressive sévère, addictive ou psychotique.
–Agoraphobie invalidante avec désinsertion sociale ou professionnelle.
–Diagnostic incertain ou présentation atypique.
•Orientation vers un psychologue ou un psychothérapeute formé aux TCC lorsque cette modalité est indiquée.

Questions fréquentes

Une attaque de panique isolée suffit-elle à poser le diagnostic de trouble panique ?

Non. Le diagnostic suppose des attaques récurrentes et inattendues, suivies d'une crainte persistante de nouvelles attaques ou d'un changement de comportement pendant au moins un mois (critères du DSM-5). Une attaque isolée peut aussi être liée à une cause organique ou toxique.

Quels examens complémentaires faut-il envisager devant une première attaque de panique ?

Le choix dépend du contexte clinique. Un examen clinique complet et un ECG sont souvent pertinents, et un bilan biologique ciblé (par exemple TSH, glycémie) peut être discuté. Les examens ne doivent pas être multipliés sans orientation clinique ; se référer au référentiel du Collège national des universitaires de psychiatrie.

Quelle place pour les benzodiazépines dans le trouble panique ?

Ils ne constituent pas un traitement de fond. Leur prescription dans l'anxiété est limitée dans le temps (12 semaines au maximum selon l'ANSM, à vérifier sur la source officielle) en raison du risque de dépendance. La HAS propose une fiche mémo sur la démarche d'arrêt.

Quels traitements ont une AMM dans le trouble panique en France ?

Plusieurs antidépresseurs disposent d'une AMM dans cette indication. La liste et les posologies évoluent : à vérifier dans la base de données publique des médicaments (BDPM) et dans le Vidal avant toute prescription.

Sources

  1. 1. Haute Autorité de santé. Guide affection de longue durée : troubles anxieux graves. Saint-Denis La Plaine : HAS ; 2007.
  2. 2. Haute Autorité de santé. Arrêt des benzodiazépines et médicaments apparentés chez le patient adulte : fiche mémo. Saint-Denis La Plaine : HAS ; 2015.
  3. 3. Haute Autorité de santé. Épisode dépressif caractérisé de l'adulte : prise en charge en soins de premier recours. Saint-Denis La Plaine : HAS ; 2017.
  4. 4. Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. État des lieux de la consommation des benzodiazépines en France. Saint-Denis : ANSM ; 2017.
  5. 5. Collège National des Universitaires de Psychiatrie. Référentiel de psychiatrie et addictologie : troubles anxieux. Presses universitaires François-Rabelais ; 2021.
  6. 6. American Psychiatric Association. Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 5th edition (DSM-5). Arlington : APA ; 2013.
  7. 7. Base de données publique des médicaments (BDPM), ministère de la Santé et ANSM. Consultation 2025. https://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr
  8. 8. Centre de Référence sur les Agents Tératogènes (CRAT). Médicaments et grossesse ou allaitement. Consultation 2025. https://www.lecrat.fr
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