Neurologie 6 min de lecture· 7 novembre 2026

Paralysie faciale a frigore : diagnostic et prise en charge

Synthèse documentaire à l'usage des professionnels de santé sur la paralysie faciale périphérique idiopathique : critères de diagnostic, éliminer une cause secondaire, traitement et orientation.

Par L'équipe médicale Hippocrate MG

Synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé. Ne constitue pas un avis médical personnalisé ni un dispositif médical. Référez-vous aux sources officielles citées.

Points clés

  • ✓La paralysie faciale a frigore (idiopathique, dite de Bell) est un diagnostic d'élimination, posé après exclusion d'une cause secondaire.
  • ✓L'atteinte du facial supérieur (front) et du facial inférieur oriente vers une origine périphérique ; son respect relatif évoque une origine centrale, donc une urgence vasculaire.
  • ✓Une corticothérapie orale précoce, idéalement débutée dans les 72 premières heures, est le traitement de référence. Posologie et durée sont à vérifier sur la source officielle.
  • ✓La protection oculaire est une mesure systématique en cas d'occlusion palpébrale incomplète.
  • ✓Une imagerie et un avis spécialisé s'imposent si le tableau est atypique, progressif ou sans récupération.

En bref

•Définition : paralysie du nerf facial (VII) d'installation brutale, sans cause identifiée après bilan clinique adapté.
•Installation en quelques heures, avec un maximum du déficit habituellement en moins de 72 heures.
•L'incidence est plus élevée en cas de diabète et de grossesse (3e trimestre, post-partum), terrains à rechercher.
•Le pronostic est favorable dans la majorité des cas, avec récupération complète ou quasi complète. Le déficit initial, sa sévérité et la précocité de la récupération conditionnent le pronostic.
•Le diagnostic repose sur l'examen clinique. Le traitement vise à améliorer la récupération et à prévenir les complications oculaires.

Reconnaître : signes cliniques

•Déficit hémifacial homolatéral touchant le territoire supérieur et inférieur : effacement des rides du front, impossibilité de froncer le sourcil, comblement du sillon nasogénien, chute de la commissure labiale, déviation de la bouche vers le côté sain.
•Lagophtalmie : fermeture palpébrale incomplète avec signe de Charles Bell (globe oculaire en haut et en dehors à l'occlusion) et signe des cils de Souques.
•Signes associés possibles selon le niveau d'atteinte : douleur rétro-auriculaire, hyperacousie (nerf du muscle stapédien), diminution de la sécrétion lacrymale, hypogueusie des deux tiers antérieurs de la langue.
•Paralysie centrale : respect relatif du facial supérieur, dissociation automatico-volontaire, déficit moteur ou autre signe neurologique associé.
•Cotation de la sévérité : échelle de House-Brackmann, utile pour le suivi.

Démarche diagnostique

•Interrogatoire : délai et mode d'installation, otalgie, éruption vésiculeuse (zona auriculaire, syndrome de Ramsay-Hunt), otorrhée ou otite chronique, traumatisme, antécédent de morsure de tique ou d'érythème migrant, séjour en zone d'endémie de Lyme, diabète, grossesse, épisodes antérieurs.
•Examen : otoscopie, examen du conduit auditif et de la conque, palpation parotidienne et cervicale, examen de l'ensemble des nerfs crâniens, examen neurologique complet.
•Éliminer une cause secondaire : zona, otite moyenne aiguë ou chronique, cholestéatome, borréliose de Lyme, tumeur parotidienne ou de l'angle ponto-cérébelleux, traumatisme du rocher, sarcoïdose, atteinte centrale.
•Biologie : glycémie en cas de suspicion de diabète. Sérologie de Lyme selon le contexte d'exposition ou d'endémie (voir les recommandations HAS 2018).
•Imagerie : non systématique en cas de tableau typique. IRM (cérébrale et du rocher) à discuter en cas de signes atypiques : atteinte progressive au-delà de trois semaines, récidive homolatérale, signes neurologiques associés, atteinte d'autres nerfs crâniens, masse parotidienne, absence de récupération. Les délais précis sont à vérifier sur la source officielle.
•Électroneuromyographie : réservée à l'avis spécialisé, pour apprécier le pronostic dans les formes sévères ou complètes.

Prise en charge

•Corticothérapie orale : traitement de référence, à débuter précocement, idéalement dans les 72 premières heures. Les schémas publiés sont de l'ordre de 1 mg/kg/jour de prednisone ou prednisolone pendant une à deux semaines environ. Posologie, durée et modalités d'arrêt sont à vérifier sur la source officielle (RCP, BDPM).
•Précautions : rechercher les contre-indications et déséquilibres (diabète, hypertension, antécédents psychiatriques, ulcère). En cas de grossesse, consulter le CRAT.
•Antiviraux (valaciclovir, aciclovir) : bénéfice non démontré en monothérapie. Leur association aux corticoïdes dans les formes sévères relève de l'avis spécialisé. Indiqués en cas de zona avéré (Ramsay-Hunt) selon les référentiels.
•Protection oculaire : larmes artificielles dans la journée, gel ou pommade ophtalmique le soir, occlusion palpébrale nocturne (pansement, film), lunettes de protection. Avis ophtalmologique en cas de douleur, rougeur ou baisse d'acuité (kératite d'exposition).
•Kinésithérapie : recommandations hétérogènes sur le bénéfice. Elle est parfois proposée en rééducation douce ; les modalités sont à vérifier sur la source officielle. Éviter les stimulations électriques précoces non validées.
•Chirurgie de décompression : non indiquée en routine ; discussion en centre spécialisé uniquement.
•Borréliose de Lyme : si elle est suspectée ou confirmée, la prise en charge suit le référentiel HAS/SPILF 2018, avec un traitement antibiotique adapté et une exploration complémentaire selon les cas.
•Information et suivi : réévaluation clinique à distance du début. Prévenir de l'évolution habituelle, des séquelles possibles (syncinésies, contractures, spasme hémifacial) et des signes justifiant une consultation rapide.

Signes d'alerte et orientation

•Urgence : paralysie faciale avec respect du front, déficit moteur, trouble de la parole, céphalée brutale, trouble de la conscience ou autre signe neurologique. Appel du 15 pour suspicion d'AVC.
•Éruption vésiculeuse du pavillon ou du conduit, vertiges, surdité : suspicion de syndrome de Ramsay-Hunt, avis ORL rapide.
•Otite aiguë compliquée, otorrhée chronique ou cholestéatome : avis ORL.
•Paralysie bilatérale, atteinte d'autres nerfs crâniens, fièvre, syndrome méningé, contexte de Lyme : bilan étiologique urgent (ponction lombaire à discuter).
•Aggravation au-delà de trois semaines, récidive homolatérale, masse parotidienne ou cervicale : IRM et avis spécialisé.
•Absence de signe de récupération au bout de quelques mois : réévaluation spécialisée avec imagerie.
•Complication oculaire (douleur, rougeur, baisse d'acuité) : avis ophtalmologique en urgence.
•Enfant, grossesse, diabète déséquilibré : avis spécialisé selon le contexte.

Questions fréquentes

Comment distinguer une paralysie faciale périphérique d'une paralysie centrale ?

Dans la forme périphérique, le facial supérieur (front) et le facial inférieur sont touchés. Dans la forme centrale, le front est relativement épargné et d'autres signes neurologiques sont souvent associés. Une suspicion centrale impose une prise en charge urgente de type AVC (source : Collège des enseignants de neurologie).

Quand faut-il débuter les corticoïdes dans une paralysie faciale a frigore ?

La corticothérapie orale est recommandée précocement, idéalement dans les 72 premières heures après le début des symptômes, en l'absence de contre-indication. La posologie et la durée sont à vérifier sur la source officielle (RCP, BDPM).

Une imagerie est-elle nécessaire en première intention ?

Pas systématiquement si le tableau est typique et l'examen ORL normal. L'IRM est à discuter en cas de signe atypique, d'évolution progressive, de récidive homolatérale ou d'absence de récupération. Les critères précis sont à vérifier auprès des sociétés savantes (SFORL, neurologie).

Quand rechercher une borréliose de Lyme devant une paralysie faciale ?

En cas d'exposition aux tiques, d'érythème migrant ou de séjour en zone d'endémie, notamment en période d'activité des tiques. La démarche diagnostique et thérapeutique est détaillée dans la recommandation HAS 2018 sur la borréliose de Lyme et les autres maladies vectorielles à tiques.

Quel est le pronostic habituel ?

La majorité des patients récupèrent complètement ou presque. Une atteinte initiale complète et un âge avancé sont associés à un risque plus élevé de séquelles (syncinésies, spasme). Les chiffres précis sont à vérifier sur la source officielle.

Sources

  1. 1. Haute Autorité de santé (HAS), Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF). Borréliose de Lyme et autres maladies vectorielles à tiques (MVT) : recommandation de bonne pratique. 2018.
  2. 2. Collège des enseignants de neurologie. Neurologie : référentiel pour la préparation des Épreuves Dématérialisées Nationales (EDN), chapitres sur le déficit neurologique récent et les nerfs crâniens. Dernière édition disponible. À vérifier sur la source officielle.
  3. 3. Société française d'ORL et de chirurgie cervico-faciale (SFORL). Recommandations et documents de consensus sur la paralysie faciale périphérique. À vérifier sur le site de la société savante.
  4. 4. Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Base de données publique des médicaments (BDPM) : résumés des caractéristiques du produit des corticoïdes oraux et des antiviraux. Consultation en cours d'actualisation.
  5. 5. Centre de Référence sur les Agents Tératogènes (CRAT). Fiches corticoïdes par voie orale et antiviraux pendant la grossesse. https://www.lecrat.fr
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Contenu documentaire destiné aux professionnels de santé. Il ne constitue pas un dispositif médical, ni un avis médical personnalisé, et ne remplace pas une consultation. Vérifiez toujours les informations sur les sources officielles citées.