Neurologie 6 min de lecture· 7 novembre 2026

AVC et AIT : reconnaître les signes et agir en urgence

Synthèse documentaire à destination des professionnels de santé sur le repérage des signes d'AVC et d'AIT et l'organisation de la prise en charge en urgence selon les référentiels français.

Par L'équipe médicale Hippocrate MG

Synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé. Ne constitue pas un avis médical personnalisé ni un dispositif médical. Référez-vous aux sources officielles citées.

Points clés

  • ✓L'AVC est une urgence diagnostique et thérapeutique : le délai conditionne l'accès à la reperfusion.
  • ✓Tout déficit neurologique focal d'apparition brutale, même régressif, impose l'appel du 15.
  • ✓L'AIT est une urgence au même titre que l'AVC constitué, en raison du risque précoce de récidive.
  • ✓L'heure de début des symptômes (ou la dernière heure où le patient était connu indemne) doit être précisée et tracée.
  • ✓L'orientation directe vers une unité neurovasculaire (UNV) avec imagerie cérébrale en urgence est la règle.

En bref

•L'AVC regroupe les infarctus cérébraux (majoritaires) et les hémorragies intracérébrales ou méningées.
•L'AIT se définit par un déficit neurologique focal transitoire, d'origine vasculaire, sans lésion aiguë documentée en imagerie (définition tissulaire, à confirmer par IRM).
•Le pronostic fonctionnel dépend de la rapidité de la prise en charge : reperfusion pour l'infarctus cérébral, contrôle de la cause et des complications pour l'hémorragie.
•Le médecin consulté en premier recours a un rôle clé : reconnaître, dater, alerter, ne pas retarder le transfert.
•Les référentiels de base sont ceux de la HAS, de la Société française neuro-vasculaire (SFNV) et du Collège des enseignants de neurologie.

Signes cliniques : reconnaître l'AVC et l'AIT

•Début brutal d'un déficit focal : c'est le critère central.
•Signes les plus fréquents :
–déficit moteur ou sensitif unilatéral (face, membre supérieur ou inférieur)
–trouble du langage (aphasie) ou de l'articulation (dysarthrie)
–trouble visuel brutal (perte de vision monoculaire ou hémianopsie)
–vertige intense avec troubles de l'équilibre, diplopie, troubles de la déglutition (suspicion d'atteinte vertébro-basilaire)
–céphalée brutale inhabituelle, évocatrice d'une hémorragie
•Outil de repérage grand public relayé en France : message « VITE » (Visage, Inertie d'un membre, Trouble de la parole, En urgence appeler le 15), équivalent du FAST anglo-saxon.
•Les présentations atypiques (confusion isolée, trouble de la vigilance, chute) sont possibles, notamment chez la personne âgée.
•Un déficit régressif ne permet pas de conclure à un événement bénin : toute régression spontanée doit être traitée comme un AIT jusqu'à preuve du contraire.
•Diagnostics différentiels à garder en tête : hypoglycémie, crise comitiale avec déficit post-critique, migraine avec aura, causes métaboliques, tumeur, syndrome vestibulaire périphérique.

Démarche diagnostique

•Premier temps, au cabinet ou au téléphone : préciser l'heure de début ou la dernière heure où le patient était connu indemne, les traitements en cours (anticoagulants notamment) et les antécédents.
•Mesurer la glycémie capillaire, la pression artérielle et la fréquence cardiaque sans retarder l'appel.
•Appel du 15 (SAMU-Centre 15) : la régulation médicale organise l'orientation vers un établissement disposant d'une UNV et d'une imagerie accessible en urgence.
•Imagerie cérébrale en urgence : l'IRM est l'examen de référence lorsqu'elle est disponible ; le scanner reste une alternative pour distinguer infarctus et hémorragie. Une imagerie vasculaire des artères cervico-encéphaliques et intracrâniennes complète le bilan (angio-IRM ou angioscanner), notamment pour poser l'indication de thrombectomie.
•Bilan initial hospitalier : ECG, biologie standard dont hémostase, bilan lipidique et glycémique.
•Bilan étiologique (à adapter) : recherche d'une fibrillation atriale (ECG, monitorage), échocardiographie, imagerie des troncs supra-aortiques, recherche de causes plus rares chez le sujet jeune.
•Pour l'AIT : évaluation en urgence, idéalement le jour même, avec IRM cérébrale et bilan vasculaire et cardiaque. Les scores pronostiques ne doivent pas faire différer le bilan (à vérifier sur la source officielle).

Prise en charge

•Phase préhospitalière : alerte, transport médicalisé ou non selon la régulation, pré-alerte de la structure d'accueil, maintien des fonctions vitales. Ne pas administrer d'antithrombotique avant exclusion d'une hémorragie.
•Infarctus cérébral, reperfusion :
–thrombolyse intraveineuse par altéplase dans un délai de 4 h 30 après le début des symptômes selon l'AMM et le référentiel HAS, après exclusion des contre-indications
–thrombectomie mécanique pour occlusion d'une artère proximale du polygone de Willis, avec des fenêtres de temps élargies dans certaines situations sélectionnées sur l'imagerie (délais et critères à vérifier sur les recommandations SFNV et HAS en vigueur)
•Hospitalisation en UNV : surveillance neurologique et des constantes, gestion de la pression artérielle, de la glycémie, de la température, prévention des complications (pneumonie d'inhalation, thrombose veineuse, escarres), évaluation de la déglutition avant l'alimentation orale, mobilisation et rééducation précoces.
•Traitement antithrombotique : les modalités (antiagrégant, délai de reprise d'un anticoagulant en cas de fibrillation atriale) dépendent du type d'AVC et de sa sévérité ; se référer aux recommandations en vigueur.
•Hémorragie intracérébrale : prise en charge spécialisée (neurologie, neurochirurgie, réanimation), correction d'une anticoagulation, contrôle tensionnel selon les référentiels.
•Prévention secondaire : contrôle tensionnel, statine, antithrombotique adapté, traitement d'une fibrillation atriale ou d'une sténose carotidienne symptomatique (indication de revascularisation à discuter précocement), arrêt du tabac, prise en charge du diabète, activité physique, éducation thérapeutique.
•Après la phase aiguë : coordination ville-hôpital, rééducation, dépistage de la dépression, des troubles cognitifs et de la fatigue, information sur la conduite automobile et la reprise d'activité.

Signes d'alerte et quand orienter

•Appel immédiat du 15 devant :
–tout déficit neurologique focal brutal, persistant ou régressif
–une céphalée brutale et intense inhabituelle
–un trouble de la vigilance, une crise comitiale inaugurale associée à un déficit
•Ne pas adresser en consultation différée ni demander un bilan en ville avant l'alerte : le circuit passe par la régulation médicale et l'UNV.
•Ne pas conduire le patient par ses propres moyens et ne pas attendre l'évolution spontanée.
•Facteurs de gravité ou d'urgence accrue : anticoagulation en cours, récidive d'épisodes transitoires, déficit fluctuant, symptômes d'atteinte du tronc cérébral.
•Chez le patient déjà suivi après AIT ou AVC : toute nouvelle manifestation, même brève, doit être considérée comme une récidive potentielle et justifier la même alerte.

Questions fréquentes

Quel est le numéro à appeler devant une suspicion d'AVC ?

Le 15 (SAMU-Centre 15), qui permet une régulation médicale et une orientation directe vers une structure disposant d'une unité neurovasculaire. Le 112 est également utilisable. Source : HAS, Ameli.

Un AIT régressif est-il une urgence ?

Oui. Le risque de récidive d'AVC est maximal dans les heures et jours suivants, ce qui justifie une évaluation neurovasculaire en urgence avec imagerie cérébrale et vasculaire, selon les recommandations de la HAS et de la SFNV.

Quel est le délai de la thrombolyse intraveineuse ?

L'AMM et le référentiel HAS retiennent un délai maximal de 4 h 30 après le début des symptômes. La décision revient à l'équipe de l'UNV après imagerie et vérification des contre-indications. À vérifier sur la source officielle pour les mises à jour.

La thrombectomie mécanique est-elle réservée aux premières heures ?

Les fenêtres de temps ont été élargies dans certaines situations sélectionnées par l'imagerie. Les critères précis relèvent des recommandations SFNV et HAS, à vérifier sur la source officielle.

Que faire dans l'attente des secours ?

Noter l'heure de début, mesurer la glycémie capillaire, surveiller la vigilance et les constantes, garder le patient à jeun et ne pas donner d'antithrombotique sans avis médical régulé.

Sources

  1. 1. Haute Autorité de santé. Accident vasculaire cérébral : prise en charge précoce (alerte, phase préhospitalière, phase hospitalière initiale, indications de la thrombolyse). Recommandations de bonne pratique. 2009.
  2. 2. Haute Autorité de santé. Évaluation de la thrombectomie mécanique dans la prise en charge de l'infarctus cérébral à la phase aiguë. 2016.
  3. 3. Société française neuro-vasculaire. Recommandations de bonne pratique sur la prise en charge de l'AVC et de l'AIT (dernières versions disponibles sur le site de la SFNV). À vérifier sur la source officielle.
  4. 4. Collège des enseignants de neurologie. Neurologie : référentiel pour la préparation des épreuves classantes nationales, item Accidents vasculaires cérébraux. Édition en vigueur.
  5. 5. Assurance Maladie (Ameli). Accident vasculaire cérébral (AVC) : symptômes et conduite à tenir. Pages d'information, https://www.ameli.fr.
  6. 6. Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Base de données publique des médicaments (altéplase, antithrombotiques) : résumés des caractéristiques du produit. https://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr.
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