Gastro-entérologie 6 min de lecture· 7 novembre 2026

Maladie hémorroïdaire : diagnostic et traitement en pratique

Synthèse documentaire à l'usage des professionnels de santé sur la maladie hémorroïdaire : classification, diagnostic différentiel, options médicamenteuses, instrumentales et chirurgicales, critères d'orientation.

Par L'équipe médicale Hippocrate MG

Synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé. Ne constitue pas un avis médical personnalisé ni un dispositif médical. Référez-vous aux sources officielles citées.

Points clés

  • ✓La maladie hémorroïdaire est un diagnostic clinique : interrogatoire, inspection, toucher rectal et anuscopie.
  • ✓Une rectorragie attribuée aux hémorroïdes impose d'écarter une lésion colorectale selon le contexte (âge, antécédents, changement du transit, anémie).
  • ✓La classification de Goligher (grades I à IV) guide le choix thérapeutique.
  • ✓Mesures hygiéno-diététiques et traitement de la constipation sont la base de la prise en charge ; les gestes instrumentaux concernent surtout les grades I à III.
  • ✓La chirurgie est réservée aux formes évoluées ou en échec des traitements instrumentaux.

En bref

•La maladie hémorroïdaire correspond à la symptomatisation des coussinets vasculaires du canal anal (hémorroïdes internes, externes ou mixtes).
•Elle est très fréquente et le plus souvent bénigne, mais ses symptômes ne sont pas spécifiques.
•Facteurs favorisants décrits : constipation, efforts de poussée, diarrhée chronique, grossesse et post-partum, sédentarité.
•Les données chiffrées de prévalence et les modalités précises sont à vérifier dans les référentiels officiels cités en fin de fiche.

Reconnaître : signes cliniques et classification

•Rectorragies de sang rouge vif, indolores, survenant en fin de selle, souvent sur les selles ou sur le papier.
•Prolapsus hémorroïdaire, sensation de pesanteur, suintement, prurit anal.
•Douleur anale aiguë avec tuméfaction bleutée douloureuse : évoque une thrombose hémorroïdaire externe.
•Une douleur anale intense à la défécation est plutôt évocatrice d'une fissure anale, à distinguer de la maladie hémorroïdaire.
•Classification de Goligher pour les hémorroïdes internes :
–Grade I : saignement sans prolapsus.
–Grade II : prolapsus à la défécation, réduction spontanée.
–Grade III : prolapsus nécessitant une réduction manuelle.
–Grade IV : prolapsus permanent, irréductible.
•Distinguer la crise hémorroïdaire (poussée congestive ou thrombotique) de la maladie hémorroïdaire chronique.

Démarche diagnostique

•Interrogatoire : ancienneté et abondance des saignements, transit, douleur, prolapsus, traitements (anticoagulants, antiagrégants), antécédents personnels et familiaux digestifs, grossesse.
•Examen clinique : inspection de la marge anale, toucher rectal, anuscopie, si possible avec manœuvre de poussée.
•Éliminer les autres causes de rectorragies : fissure, fistule, polype, cancer colorectal, maladie inflammatoire chronique de l'intestin, rectite, tumeur anale.
•L'indication d'une exploration endoscopique (coloscopie ou rectosigmoïdoscopie) dépend de l'âge, des antécédents personnels ou familiaux, de l'abondance du saignement, d'un changement récent du transit ou d'une anémie : seuils précis à vérifier sur les recommandations de la SNFGE et de l'Assurance Maladie.
•Ne pas attribuer d'emblée des rectorragies aux hémorroïdes sans examen adapté, même chez un patient connu pour une maladie hémorroïdaire.

Prise en charge

•Mesures de première intention :
–Régularisation du transit : fibres alimentaires, hydratation, éventuellement laxatif osmotique ou agent de lest selon le contexte.
–Éviter les efforts de poussée et le temps prolongé aux toilettes.
–Hygiène locale douce, éviter les irritants.
•Traitement de la crise hémorroïdaire :
–Antalgiques adaptés à l'intensité de la douleur.
–Topiques locaux (pommades, suppositoires) en cure courte ; la composition (anesthésique local, corticoïde) et les précautions d'emploi sont à vérifier sur la BDPM et le Vidal.
–Veinotoniques (flavonoïdes) : place et statut de remboursement à vérifier auprès de la HAS et de la BDPM.
•Thrombose hémorroïdaire externe : traitement médical symptomatique ; l'incision-exérèse du thrombus peut être discutée précocement en cas de douleur importante, selon avis spécialisé.
•Gestes instrumentaux (proctologue, en consultation) pour les hémorroïdes internes de grades I à III : ligature élastique, photocoagulation infrarouge, sclérose.
•Chirurgie : hémorroïdectomie, dévascularisation avec ou sans mucopexie, hémorroïdopexie agrafée ; indications principalement pour grades III à IV, formes mixtes symptomatiques ou échec des traitements instrumentaux. Le choix de la technique relève de l'avis spécialisé, selon les recommandations de la Société Nationale Française de Colo-Proctologie (SNFCP).
•Situations particulières :
–Grossesse et post-partum : vérifier la compatibilité de chaque médicament sur le site du CRAT.
–Patients sous anticoagulants ou antiagrégants : évaluer le risque hémorragique avant tout geste instrumental ou chirurgical.
•Suivi : réévaluer les symptômes et rechercher une récidive ; reconsidérer le diagnostic en cas de mauvaise évolution.

Signes d'alerte et quand orienter

•Rectorragies abondantes, répétées ou associées à une anémie, un malaise ou une instabilité hémodynamique.
•Changement récent du transit, amaigrissement, altération de l'état général, antécédents familiaux de cancer colorectal ou de polypes.
•Douleur anale intense, fièvre, tuméfaction inflammatoire ou écoulement purulent : rechercher un abcès ou une fistule.
•Prolapsus irréductible, nécrosé ou ulcéré.
•Immunodépression, maladie inflammatoire chronique de l'intestin connue ou suspectée.
•Échec d'un traitement médical bien conduit ou gêne fonctionnelle importante : orientation vers un gastro-entérologue ou un proctologue.

Questions fréquentes

Des rectorragies chez un patient hémorroïdaire justifient-elles une coloscopie ?

Pas systématiquement, mais l'attribution aux hémorroïdes ne doit se faire qu'après élimination d'une lésion colorectale selon le contexte (âge, antécédents, changement du transit, anémie, caractère atypique du saignement). Les critères précis sont à vérifier auprès de la SNFGE et de l'Assurance Maladie.

Quelle est la place des veinotoniques et des topiques locaux ?

Ils sont proposés à visée symptomatique dans la crise hémorroïdaire, en cure courte pour les topiques. Leur niveau de preuve et leur statut de remboursement évoluent : à vérifier sur la BDPM et les avis de la Commission de la transparence de la HAS.

Quand envisager un geste instrumental ou une chirurgie ?

Les gestes instrumentaux (ligature élastique, photocoagulation, sclérose) s'adressent surtout aux hémorroïdes internes symptomatiques de grades I à III en échec du traitement médical. La chirurgie est réservée aux formes évoluées (grades III à IV), mixtes ou en échec, selon avis spécialisé et recommandations de la SNFCP.

Comment gérer la maladie hémorroïdaire pendant la grossesse ?

Les mesures hygiéno-diététiques et la prise en charge de la constipation sont privilégiées. Pour tout médicament, y compris les topiques locaux, la compatibilité doit être vérifiée sur le site du CRAT.

Sources

  1. 1. Assurance Maladie (Ameli). Hémorroïdes : symptômes, diagnostic et traitement. Page d'information, consultée en 2025. ameli.fr
  2. 2. Société Nationale Française de Colo-Proctologie (SNFCP). Recommandations et thésaurus de colo-proctologie, maladie hémorroïdaire. Édition à vérifier sur la source officielle. snfcp.org
  3. 3. Collège des Enseignants d'Hépato-Gastro-Entérologie (CDU-HGE). Hépato-gastro-entérologie, chapitre pathologie anorectale et hémorroïdes. Édition en vigueur, à vérifier sur la source officielle.
  4. 4. Société Nationale Française de Gastro-Entérologie (SNFGE). Recommandations sur la conduite à tenir devant des rectorragies et le dépistage colorectal. Édition en vigueur, à vérifier. snfge.org
  5. 5. Haute Autorité de Santé (HAS), Commission de la transparence. Avis relatifs aux médicaments veinotoniques et aux traitements de la crise hémorroïdaire. Consultés en 2025. has-sante.fr
  6. 6. Centre de Référence sur les Agents Tératogènes (CRAT). Fiches médicaments et grossesse. Consulté en 2025. lecrat.fr
  7. 7. Base de Données Publique des Médicaments (BDPM) et Vidal. Résumés des caractéristiques des produits des traitements anti-hémorroïdaires. Consultés en 2025. base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr
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