Gastro-entérologie 6 min de lecture· 7 novembre 2026

Ulcère gastroduodénal et H. pylori : diagnostic et éradication

Fiche de synthèse sur la démarche diagnostique devant un ulcère gastroduodénal, les tests de détection d'Helicobacter pylori, les principes d'éradication et le contrôle. Les données chiffrées sont à vérifier sur les sources officielles citées.

Par L'équipe médicale Hippocrate MG

Synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé. Ne constitue pas un avis médical personnalisé ni un dispositif médical. Référez-vous aux sources officielles citées.

Points clés

  • ✓Les deux causes principales de l'ulcère gastroduodénal sont l'infection par Helicobacter pylori et la prise d'AINS ou d'aspirine. Elles peuvent être associées.
  • ✓Tout ulcère impose la recherche d'H. pylori, puis son éradication si elle est positive.
  • ✓Les tests non invasifs (test respiratoire à l'urée, antigène fécal) exigent un arrêt préalable des IPP et des antibiotiques.
  • ✓Le contrôle de l'éradication est systématique après un ulcère. Il se fait au moins 4 semaines après la fin des antibiotiques.
  • ✓Les schémas d'éradication évoluent avec les résistances (clarithromycine, métronidazole) : vérifier les recommandations françaises à jour.

En bref

•L'ulcère gastroduodénal est une perte de substance de la muqueuse gastrique ou duodénale. Il traverse la musculaire muqueuse.
•Étiologies principales : infection par Helicobacter pylori et gastrotoxicité des AINS ou de l'aspirine.
•Causes rares à évoquer en l'absence des deux précédentes : syndrome de Zollinger-Ellison, maladie de Crohn, infections, tumeur.
•L'éradication d'H. pylori réduit nettement le risque de récidive ulcéreuse. Elle fait partie du traitement étiologique.
•Les recommandations françaises de référence sont celles du Groupe d'Étude Français des Helicobacter (révision 2017), complétées par le référentiel de l'item ulcère du Collège de gastro-entérologie. Vérifier d'éventuelles mises à jour.

Reconnaître : signes cliniques

•Douleur épigastrique, souvent à type de crampe ou de brûlure, parfois rythmée par les repas.
•Les formes pauci-symptomatiques ou révélées par une complication sont fréquentes, notamment sous AINS.
•Autres signes possibles : nausées, ballonnement, satiété précoce.
•Les symptômes ne permettent pas de distinguer de façon fiable un ulcère d'une dyspepsie fonctionnelle : l'endoscopie reste l'examen de référence.
•Facteurs favorisants à rechercher : AINS, aspirine, anticoagulants et antiagrégants associés, corticoïdes associés à un AINS, tabac, antécédent d'ulcère, antécédents familiaux d'infection à H. pylori.

Démarche diagnostique

•Fibroscopie œso-gastro-duodénale : confirme l'ulcère, évalue son siège et son aspect, et permet des biopsies.
•Ulcère gastrique : biopsies de la lésion à la recherche d'une néoplasie. Un contrôle endoscopique après traitement est habituellement recommandé pour s'assurer de la cicatrisation (délai à vérifier sur la source officielle).
•Biopsies gastriques (antre et fundus) pour la recherche d'H. pylori par histologie. Culture avec antibiogramme ou PCR de résistance à la clarithromycine selon les possibilités locales.
•Tests non invasifs : test respiratoire à l'urée marquée et recherche d'antigène dans les selles, utiles surtout en l'absence d'endoscopie ou pour le contrôle.
•La sérologie a une place limitée : elle ne permet pas de contrôler l'éradication.
•Précautions avant tout test de détection (biopsies, test respiratoire ou antigène fécal) :
–arrêt des IPP au moins 2 semaines avant
–arrêt des antibiotiques au moins 4 semaines avant
•Rechercher systématiquement la prise d'AINS ou d'aspirine, y compris en automédication.

Prise en charge

•Mesures générales : arrêt ou réévaluation des AINS et de l'aspirine, arrêt du tabac, revue des médicaments associés.
•Traitement antisécrétoire : IPP à dose standard. La durée dépend du siège de l'ulcère et des complications (à vérifier sur le Vidal et les référentiels).
•Éradication d'H. pylori en cas de test positif.
•Schémas de première ligne en France : quadrithérapie bismuthée (IPP, bismuth, tétracycline, métronidazole) ou quadrithérapie concomitante (IPP, amoxicilline, clarithromycine, métronidazole). La durée dépend du schéma. À vérifier sur les recommandations françaises à jour.
•La trithérapie classique avec clarithromycine n'est plus à privilégier en probabilistique, en raison de la résistance. Elle peut être discutée si la sensibilité à la clarithromycine est documentée.
•Avant prescription : allergies, interactions médicamenteuses (IPP, clarithromycine, métronidazole), grossesse. Pour la grossesse, consulter le CRAT.
•Éducation thérapeutique : observance du schéma complet, effets indésirables attendus (troubles digestifs, dysgueusie, selles noires sous bismuth), consommation d'alcool à éviter avec le métronidazole.
•Contrôle de l'éradication : systématique après un ulcère, un lymphome du MALT ou une atrophie gastrique. Il repose sur le test respiratoire à l'urée ou l'antigène fécal, au moins 4 semaines après la fin des antibiotiques et 2 semaines après l'arrêt des IPP.
•Échec d'éradication : schéma de seconde ligne selon les recommandations. Discuter la culture avec antibiogramme et l'avis du gastro-entérologue.
•Prévention secondaire : si les AINS ou l'aspirine sont indispensables, évaluer le rapport bénéfice/risque et l'indication d'une gastroprotection par IPP.

Signes d'alerte et quand orienter

•Hématémèse, méléna ou rectorragie abondante, instabilité hémodynamique : urgence, hospitalisation.
•Douleur abdominale brutale, défense ou contracture : suspicion de perforation.
•Vomissements répétés, intolérance alimentaire : suspicion de sténose pylorique.
•Anémie ferriprive, amaigrissement, dysphagie, masse épigastrique : endoscopie sans délai.
•Ulcère gastrique à aspect suspect ou biopsies anormales : avis spécialisé.
•Ulcère réfractaire, récidivant ou sans cause identifiée : avis du gastro-entérologue (hypergastrinémie, maladie de Crohn, causes rares).
•Antécédent familial de cancer gastrique au 1er degré : orienter pour dépistage et éradication.

Questions fréquentes

Faut-il rechercher H. pylori devant tout ulcère gastroduodénal ?

Oui. Les recommandations françaises préconisent de rechercher H. pylori devant tout ulcère, y compris en cas de prise d'AINS, et de traiter l'infection si elle est confirmée (Groupe d'Étude Français des Helicobacter, 2017).

Quand et comment contrôler l'éradication d'H. pylori ?

Le contrôle est systématique après un ulcère. Il utilise le test respiratoire à l'urée ou l'antigène fécal, au moins 4 semaines après la fin des antibiotiques et 2 semaines après l'arrêt des IPP. La sérologie n'est pas adaptée au contrôle.

Les IPP perturbent-ils la détection d'H. pylori ?

Oui. Les IPP peuvent donner des faux négatifs pour l'histologie, le test respiratoire et l'antigène fécal. Un arrêt d'au moins 2 semaines est recommandé avant le test, sauf contre-indication clinique à vérifier sur la source officielle.

Quel traitement de première ligne en France ?

Les recommandations françaises proposent une quadrithérapie bismuthée ou une quadrithérapie concomitante. La durée et les doses sont à vérifier sur le référentiel actuel et le Vidal, car les schémas évoluent avec les résistances.

Sources

  1. 1. Lamarque D, Burucoa C, Courillon-Mallet A, et al. Révision des recommandations françaises sur la prise en charge de l'infection par Helicobacter pylori. Groupe d'Étude Français des Helicobacter. Hépato-Gastro & Oncologie Digestive. 2017.
  2. 2. Collège des Enseignants d'Hépato-Gastro-Entérologie (CDU-HGE). Ulcère gastrique et duodénal. Gastrite. Référentiel de préparation aux épreuves classantes nationales (item correspondant). Édition en vigueur.
  3. 3. Haute Autorité de santé (HAS). Documents relatifs à la prise en charge de l'infection par Helicobacter pylori et au bon usage des inhibiteurs de la pompe à protons. Consulter https://www.has-sante.fr pour les versions actuelles.
  4. 4. Assurance Maladie (Ameli). Ulcère de l'estomac ou du duodénum : informations destinées aux professionnels de santé. Consulter https://www.ameli.fr.
  5. 5. Vidal. Résumés des caractéristiques des produits des IPP, de l'amoxicilline, de la clarithromycine, du métronidazole et de l'association bismuth-tétracycline-métronidazole. Base de données publique des médicaments (BDPM), consultation en cours. https://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr
  6. 6. Centre de Référence sur les Agents Tératogènes (CRAT). Fiches médicaments et grossesse. Consulter https://www.lecrat.fr.
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