Gynécologie 6 min de lecture· 7 novembre 2026

Endométriose : comment l'évoquer et orienter la patiente ?

Synthèse documentaire à l'usage des professionnels de santé pour évoquer précocement une endométriose, choisir l'imagerie adaptée et orienter vers la filière de soins. Elle s'appuie sur les recommandations CNGOF-HAS.

Par L'équipe médicale Hippocrate MG

Synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé. Ne constitue pas un avis médical personnalisé ni un dispositif médical. Référez-vous aux sources officielles citées.

Points clés

  • ✓Évoquer l'endométriose devant toute douleur pelvienne cyclique invalidante, une dyspareunie profonde, des signes digestifs ou urinaires cycliques ou une infertilité.
  • ✓L'interrogatoire et l'examen clinique orientent le diagnostic. L'imagerie (échographie endovaginale, puis IRM selon le cas) l'étaye.
  • ✓La cœlioscopie n'est plus un préalable systématique au diagnostic ni au traitement médical.
  • ✓Un traitement hormonal et antalgique peut être débuté sans attendre une confirmation chirurgicale.
  • ✓Les formes profondes, les atteintes d'organes et les projets de grossesse justifient une orientation vers une filière ou un centre expert.

En bref

•L'endométriose est une maladie gynécologique chronique, définie par la présence de tissu endométrial en dehors de la cavité utérine. Elle touche environ une femme en âge de procréer sur dix (donnée à vérifier sur la source officielle).
•Le retard diagnostique reste important en France, de l'ordre de plusieurs années selon les données publiques (à vérifier sur la source officielle). Il justifie un repérage précoce en soins primaires.
•Les recommandations CNGOF-HAS (2018) et la Stratégie nationale de lutte contre l'endométriose (2022) structurent le repérage, l'imagerie et la graduation des soins.
•Cette fiche est une synthèse documentaire. Elle ne remplace ni le jugement clinique ni la consultation des référentiels officiels.

Signes cliniques : quand évoquer le diagnostic

•Dysménorrhée sévère, progressive ou résistante aux antalgiques usuels, avec retentissement scolaire, professionnel ou social.
•Dyspareunie profonde.
•Douleurs pelviennes chroniques, avec ou sans recrudescence cyclique.
•Signes digestifs cycliques : dyschésie, douleurs à la défécation, ballonnements, parfois rectorragies cycliques.
•Signes urinaires cycliques : douleurs mictionnelles, pollakiurie, hématurie cyclique (rare, à explorer).
•Infertilité, ou difficulté à concevoir.
•Antécédents familiaux d'endométriose au premier degré, puberté précoce ou cycles courts : éléments contextuels qui renforcent la suspicion.
•Chez l'adolescente, une dysménorrhée invalidante avec absentéisme répété doit faire évoquer le diagnostic. Ne pas banaliser la douleur menstruelle.
•Une symptomatologie parfois trompeuse (syndrome de l'intestin irritable, cystite à urines stériles, fatigue chronique) peut retarder le diagnostic. Penser à rechercher le caractère cyclique des symptômes.

Démarche diagnostique

•Interrogatoire : chronologie des douleurs, intensité (échelle numérique ou visuelle), lien avec les règles, retentissement fonctionnel, dyspareunie, signes digestifs et urinaires, désir de grossesse, traitements déjà essayés.
•Examen clinique : examen gynécologique avec spéculum et toucher vaginal, à la recherche d'une douleur provoquée, d'un nodule du cul-de-sac postérieur ou des ligaments utéro-sacrés, d'une fixité utérine ou d'une masse annexielle. Un examen normal n'élimine pas le diagnostic.
•Imagerie de première intention : échographie pelvienne par voie endovaginale, réalisée de préférence par un opérateur entraîné à la recherche d'endométriose. Elle recherche notamment un endométriome.
•IRM pelvienne : recommandée selon les référentiels pour la cartographie des lésions profondes, notamment en cas de suspicion de forme profonde ou avant une chirurgie. À réaliser dans un centre disposant de l'expertise adéquate.
•Le dosage du CA-125 n'a pas de place dans le diagnostic de l'endométriose (à vérifier dans la recommandation CNGOF-HAS).
•La cœlioscopie diagnostique n'est plus nécessaire pour affirmer le diagnostic lorsque la clinique et l'imagerie sont concordantes. Elle est réservée aux situations où un geste thérapeutique est envisagé.
•Une imagerie normale n'exclut pas une endométriose superficielle. Un traitement d'épreuve et un suivi clinique peuvent alors être discutés.

Prise en charge

•Objectifs : soulager la douleur, préserver la fertilité lorsqu'elle est souhaitée, limiter la progression et le retentissement fonctionnel.
•Traitement antalgique : paliers adaptés à l'intensité, AINS en première intention sous réserve des contre-indications (RCP à consulter via la BDPM).
•Traitement hormonal de première ligne, en l'absence de désir de grossesse immédiat : contraception œstroprogestative en continu ou progestatifs (voie orale, dispositif intra-utérin au lévonorgestrel, implant), selon les contre-indications et les préférences de la patiente. Le choix de la molécule et de la posologie relève des référentiels et des RCP.
•Un traitement hormonal peut être débuté sur une forte suspicion clinique, sans preuve histologique préalable.
•Prise en charge globale : approche pluridisciplinaire (gynécologie, médecine de la douleur, digestif, urologie, sexologie, soutien psychologique, kinésithérapie, activité physique adaptée) selon les symptômes.
•Chirurgie : à discuter en cas d'échec ou d'intolérance du traitement médical, d'endométriome symptomatique, d'atteinte digestive ou urinaire. Elle est à confier à une équipe expérimentée, de préférence en centre expert pour les formes profondes.
•Infertilité : orienter précocement vers une consultation spécialisée en assistance médicale à la procréation. La chirurgie n'est pas systématique avant une AMP.
•Suivi : réévaluer la douleur et la qualité de vie régulièrement. Selon la situation, l'endométriose peut relever d'une demande d'affection de longue durée (à vérifier sur ameli).

Signes d'alerte et orientation

•Urgence : douleur pelvienne aiguë intense, suspicion de rupture ou de torsion d'endométriome, fièvre associée, syndrome occlusif, rectorragies abondantes.
•Atteinte urinaire : dilatation des cavités pyélocalicielles, altération de la fonction rénale, hématurie cyclique persistante. Demander un avis urologique rapide.
•Atteinte digestive : signes sub-occlusifs cycliques, sténose suspectée. Demander un avis digestif et chirurgical.
•Orientation vers une filière endométriose ou un centre expert : forme profonde suspectée à l'imagerie, atteinte d'organe, échec des traitements de première ligne, douleurs invalidantes persistantes, infertilité associée, projet chirurgical complexe. Les annuaires des filières régionales sont accessibles via les ARS et le ministère de la Santé.
•Masse annexielle atypique à l'imagerie : avis spécialisé pour écarter une tumeur ovarienne.
•Adolescente avec douleurs sévères résistantes : avis spécialisé en gynécologie pédiatrique ou de l'adolescente.

Questions fréquentes

Faut-il une cœlioscopie pour confirmer une endométriose ?

Non, pas systématiquement. Selon les recommandations CNGOF-HAS de 2018, une présentation clinique évocatrice associée à une imagerie concordante peut suffire pour poser le diagnostic et débuter un traitement médical. La cœlioscopie est réservée aux situations où un geste thérapeutique est indiqué.

Quelle imagerie demander en première intention ?

L'échographie pelvienne endovaginale, idéalement par un opérateur entraîné. L'IRM pelvienne est proposée pour la cartographie des lésions profondes ou en préparation d'une chirurgie. Les indications précises sont à vérifier dans la recommandation CNGOF-HAS.

Le dosage du CA-125 a-t-il un intérêt diagnostique ?

Non. Le CA-125 n'est pas recommandé pour diagnostiquer l'endométriose, en raison de son manque de spécificité. Cette position est à vérifier dans le texte intégral CNGOF-HAS.

Peut-on traiter avant d'avoir une confirmation chirurgicale ?

Oui. En cas de forte suspicion clinique, un traitement antalgique et hormonal peut être instauré en première intention. Le choix du traitement se fonde sur les RCP (BDPM) et sur les recommandations CNGOF-HAS.

Sources

  1. 1. Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), Haute Autorité de santé (HAS). Prise en charge de l'endométriose : recommandations pour la pratique clinique. 2018.
  2. 2. Ministère de la Santé et de la Prévention. Stratégie nationale de lutte contre l'endométriose. 2022.
  3. 3. Assurance Maladie (ameli.fr). Rubrique Endométriose, informations destinées aux assurés et aux professionnels. Page en ligne régulièrement mise à jour, date de version à vérifier.
  4. 4. Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Base de données publique des médicaments (BDPM), résumés des caractéristiques du produit. Base en ligne mise à jour en continu, date de version à vérifier.
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