Gynécologie 6 min de lecture· 7 novembre 2026

Dysménorrhée : diagnostic et prise en charge en pratique

Synthèse documentaire à destination des professionnels de santé sur la dysménorrhée : distinguer forme primaire et secondaire, explorer l'endométriose en cas de suspicion et structurer la prise en charge de première ligne.

Par L'équipe médicale Hippocrate MG

Synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé. Ne constitue pas un avis médical personnalisé ni un dispositif médical. Référez-vous aux sources officielles citées.

Points clés

  • ✓La dysménorrhée primaire est un diagnostic clinique, sans lésion pelvienne, qui apparaît le plus souvent peu après les premières règles.
  • ✓Une dysménorrhée secondaire impose de rechercher une cause pelvienne, en premier lieu l'endométriose et l'adénomyose.
  • ✓Les AINS sont le traitement symptomatique de première intention, en l'absence de contre-indication.
  • ✓La contraception hormonale est une option de première ligne si une contraception est souhaitée ou si les AINS sont insuffisants.
  • ✓Une douleur invalidante, atypique ou résistante au traitement bien conduit justifie un bilan d'imagerie et un avis spécialisé.

En bref

•La dysménorrhée désigne des douleurs pelviennes survenant pendant les règles, souvent à type de crampes hypogastriques.
•Forme primaire : sans pathologie pelvienne identifiable, liée à la production de prostaglandines par l'endomètre.
•Forme secondaire : liée à une cause organique (endométriose, adénomyose, fibromes, malformation utérine, dispositif intra-utérin, infection pelvienne).
•Le retentissement (absentéisme scolaire ou professionnel, qualité de vie) est un élément central de l'évaluation.
•La douleur menstruelle ne doit pas être banalisée : l'errance diagnostique de l'endométriose est documentée dans les référentiels français.

Reconnaître la dysménorrhée : signes cliniques

Dysménorrhée primaire (profil typique) :

•Début dans les mois ou années suivant les premières règles, lorsque les cycles deviennent ovulatoires.
•Douleur hypogastrique à type de crampes, débutant au moment des règles ou juste avant, durant en général un à trois jours.
•Signes associés possibles : nausées, diarrhée, céphalées, asthénie.
•Examen gynécologique normal.

Éléments évoquant une forme secondaire :

•Début tardif, aggravation progressive ou changement des caractéristiques de la douleur.
•Douleur débutant avant les règles et persistant après.
•Dyspareunie profonde, dyschésie, douleurs mictionnelles cataméniales, douleurs pelviennes non cycliques.
•Ménorragies ou métrorragies, infertilité, antécédents familiaux d'endométriose.
•Utérus augmenté de volume, nodule ou douleur à la mobilisation à l'examen.
•Dispositif intra-utérin en place, antécédent d'infection génitale haute.

Démarche diagnostique

Interrogatoire :

•Âge des premières règles, régularité des cycles, durée et abondance des règles.
•Caractéristiques de la douleur : début, durée, intensité (échelle validée), localisation, irradiation.
•Retentissement fonctionnel, traitements déjà essayés et leur efficacité, contraception, désir de grossesse, antécédents.

Examen clinique :

•Examen abdominal et, selon le contexte et l'accord de la patiente, examen pelvien (la nécessité chez l'adolescente vierge est à discuter).
•Chez la patiente en âge de procréer, penser à éliminer une grossesse en cas de doute.

Examens complémentaires :

•Non systématiques si le tableau est typique de dysménorrhée primaire et répond au traitement.
•Échographie pelvienne en cas de forme atypique, d'examen anormal ou d'échec du traitement de première ligne.
•IRM pelvienne en cas de suspicion d'endométriose profonde ou d'adénomyose, selon les recommandations HAS et CNGOF sur l'endométriose.
•Recherche d'une infection génitale haute (prélèvements, recherche de Chlamydia trachomatis et de gonocoque) si le contexte l'évoque.
•Une cœlioscopie diagnostique n'est plus un préalable systématique pour retenir le diagnostic d'endométriose (à vérifier dans les recommandations CNGOF-HAS).

Prise en charge

Mesures générales :

•Information et réassurance sur le caractère fonctionnel de la forme primaire, en l'absence de signe d'alerte.
•Chaleur locale, activité physique régulière. La neurostimulation électrique transcutanée peut être discutée en appoint (niveau de preuve à vérifier).

Traitement médicamenteux de première intention :

•AINS (par exemple ibuprofène, kétoprofène, naproxène, acide méfénamique), à débuter dès les premiers signes des règles et sur la durée minimale efficace. Posologies et contre-indications : à vérifier dans le RCP (base publique des médicaments, Vidal).
•Respecter les contre-indications et précautions des AINS : ulcère, insuffisance rénale, asthme induit par les AINS, anticoagulants, grossesse (rappels ANSM). Les AINS sont notamment contre-indiqués à partir du 6e mois de grossesse (consulter le CRAT et l'ANSM).
•Rappeler la prise la plus courte possible et l'arrêt en cas de fièvre ou de signes infectieux, conformément aux alertes ANSM sur les complications infectieuses graves sous AINS.
•Le paracétamol peut être proposé en cas de contre-indication aux AINS, avec une efficacité généralement jugée inférieure.

Contraception hormonale :

•Option de première intention si contraception souhaitée, ou en cas d'efficacité insuffisante des AINS : contraceptifs œstroprogestatifs, progestatifs, dispositif intra-utérin au lévonorgestrel, implant.
•Choix selon les contre-indications, les facteurs de risque vasculaires et les préférences de la patiente (fiches HAS sur la contraception).

Évaluation de la réponse :

•Réévaluer après quelques cycles de traitement bien conduit (environ trois, à vérifier). En cas d'échec, reconsidérer le diagnostic et chercher une cause secondaire.
•Forme secondaire : traiter la cause. Pour l'endométriose, suivre les recommandations CNGOF-HAS (traitement hormonal en continu, chirurgie selon indications, prise en charge pluridisciplinaire, centres experts).

Signes d'alerte et orientation

Orienter sans délai ou selon l'urgence clinique :

•Douleur pelvienne aiguë intense, fièvre, leucorrhées purulentes : suspicion d'infection génitale haute ou de complication.
•Douleur associée à un retard de règles ou à des métrorragies : éliminer une grossesse extra-utérine.
•Syndrome hémorragique, malaise, défense abdominale.

Orienter vers un avis spécialisé gynécologique (programmé) :

•Dysménorrhée résistante à un traitement de première ligne bien conduit.
•Suspicion d'endométriose, d'adénomyose ou de malformation utérine (par exemple obstacle à l'écoulement menstruel chez l'adolescente).
•Douleur d'apparition tardive, progressive ou associée à une infertilité.
•Retentissement important sur la scolarité, l'activité professionnelle ou la vie sociale.
•Anomalie à l'examen ou à l'échographie.

Questions fréquentes

Comment distinguer une dysménorrhée primaire d'une dysménorrhée secondaire ?

La forme primaire survient typiquement peu après les premières règles, avec un examen pelvien normal et une bonne réponse aux AINS. Un début tardif, une douleur progressive ou non cyclique, une dyspareunie, une dyschésie, une infertilité ou un examen anormal orientent vers une cause secondaire, notamment l'endométriose (recommandations CNGOF et HAS).

Un bilan d'imagerie est-il systématique devant des règles douloureuses ?

Non. Il n'est pas systématique si le tableau est typique et répond au traitement de première ligne. Une échographie pelvienne est indiquée en cas de signes atypiques, d'anomalie clinique ou d'échec thérapeutique, et une IRM en cas de suspicion d'endométriose profonde ou d'adénomyose.

Quels sont les traitements de première intention de la dysménorrhée ?

Les AINS, pris dès le début des douleurs et sur une durée courte, et la contraception hormonale si elle est souhaitée ou si les AINS sont insuffisants. Les posologies et contre-indications sont à vérifier dans le RCP (Vidal ou base publique des médicaments), ainsi que dans les informations de l'ANSM.

Que faire en cas d'échec des AINS ?

Vérifier l'observance et la prise correcte du traitement, puis reconsidérer le diagnostic. Une échographie, voire une IRM, et un avis gynécologique sont à envisager pour rechercher une cause secondaire, notamment l'endométriose. Une contraception hormonale peut être proposée.

Sources

  1. 1. Haute Autorité de santé, Collège national des gynécologues et obstétriciens français. Prise en charge de l'endométriose : recommandations de bonne pratique. 2017.
  2. 2. Collège national des gynécologues et obstétriciens français. Recommandations pour la pratique clinique : prise en charge de l'endométriose. Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie. 2018.
  3. 3. Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) : rappel sur les risques de complications infectieuses graves et sur l'utilisation pendant la grossesse. 2019.
  4. 4. Centre de référence sur les agents tératogènes (CRAT). Fiches AINS et grossesse. Consultation en ligne : https://www.lecrat.fr
  5. 5. Haute Autorité de santé. Fiches sur la contraception (choix et suivi de la contraception hormonale). Consultation en ligne : https://www.has-sante.fr
  6. 6. Assurance Maladie (Ameli). Informations sur les règles douloureuses (dysménorrhée). Consultation en ligne : https://www.ameli.fr
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