Gastro-entérologie 6 min de lecture· 7 novembre 2026

Constipation chronique de l'adulte : bilan et prise en charge

Synthèse documentaire sur la constipation chronique de l'adulte : repérer les formes secondaires et les signes d'alarme, limiter le bilan aux situations utiles, graduer la prise en charge.

Par L'équipe médicale Hippocrate MG

Synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé. Ne constitue pas un avis médical personnalisé ni un dispositif médical. Référez-vous aux sources officielles citées.

Points clés

  • ✓La constipation chronique est un diagnostic clinique, fondé sur l'interrogatoire et l'examen anorectal.
  • ✓Il faut d'abord éliminer les signes d'alarme et les causes secondaires, notamment médicamenteuses, métaboliques et neurologiques.
  • ✓Aucun bilan large n'est utile en première intention en l'absence de signe d'alarme.
  • ✓La prise en charge est graduée : règles hygiéno-diététiques, puis laxatifs adaptés, puis avis spécialisé en cas d'échec.
  • ✓En cas de suspicion de dyssynergie défécatoire, des explorations anorectales et une rééducation (biofeedback) sont à discuter.

En bref

•La constipation chronique est un motif très fréquent de consultation, plus fréquent chez la femme et avec l'âge.
•Le diagnostic repose sur des critères symptomatiques, classiquement ceux de Rome IV (à vérifier sur la source officielle).
•Trois mécanismes sont distingués : constipation de transit (ralentissement colique), terminale (trouble de l'évacuation, dyssynergie) et mixte. La constipation fonctionnelle et le syndrome de l'intestin irritable à prédominance constipation se chevauchent.
•Une cause secondaire (médicaments, endocrinopathie, maladie neurologique, lésion organique) doit toujours être recherchée.
•Cette fiche est une synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé. Elle ne remplace ni le jugement clinique ni les référentiels officiels.

Reconnaître la constipation chronique

•Critères de Rome IV (rappel, à vérifier sur la source officielle) : au moins deux des signes suivants, présents dans plus d'un quart des défécations :
–efforts de poussée importants ;
–selles dures ou en billes (types 1 à 2 de l'échelle de Bristol) ;
–sensation d'évacuation incomplète ;
–sensation de blocage anorectal ;
–manœuvres digitales pour faciliter l'évacuation ;
–moins de trois selles spontanées par semaine.
•Les symptômes évoluent depuis au moins 3 mois, avec un début au moins 6 mois avant le diagnostic. Les selles liquides sont rares sans laxatif.
•À l'interrogatoire, préciser :
–l'ancienneté et le mode de début (récent ou ancien) ;
–la fréquence et la consistance des selles ;
–les efforts, les manœuvres digitales et la douleur ;
–l'alternance diarrhée-constipation ;
–les antécédents obstétricaux, chirurgicaux et pelvi-périnéaux ;
–les traitements en cours, laxatifs compris, et l'alimentation.
•Médicaments fréquemment impliqués : opioïdes, anticholinergiques, antidépresseurs tricycliques, certains neuroleptiques, antagonistes calciques, fer, antiacides contenant de l'aluminium ou du calcium, antiépileptiques. La liste est à confirmer dans les RCP (BDPM).

Démarche diagnostique

•Étape 1 : rechercher les signes d'alarme, qui imposent une exploration morphologique (coloscopie) :
–rectorragies ou sang dans les selles ;
–anémie ou carence martiale ;
–amaigrissement inexpliqué ;
–modification récente et persistante du transit après 50 ans ;
–antécédent personnel ou familial de cancer colorectal ou de maladie inflammatoire ;
–masse abdominale ou rectale, syndrome occlusif.
•Étape 2 : examen clinique complet :
–palpation abdominale ;
–inspection de la marge anale et du périnée ;
–toucher rectal, avec évaluation du tonus et de la contraction volontaire ;
–recherche d'une contraction paradoxale à la poussée, d'un fécalome, d'une rectocèle ou d'un prolapsus ;
–examen neurologique orienté si le contexte le justifie.
•Étape 3 : bilan biologique ciblé, non systématique, selon le contexte : NFS, calcémie, glycémie, TSH, créatinine. Aucun bilan large n'est indiqué d'emblée en l'absence de point d'appel.
•Étape 4 : coloscopie en cas de signe d'alarme. Chez un patient asymptomatique à risque moyen, le dépistage organisé du cancer colorectal suit les recommandations de la HAS et de l'Assurance Maladie (test immunologique), à vérifier sur la source officielle.
•Étape 5 : en cas d'échec d'un traitement bien conduit, ou de suspicion de trouble évacuatoire, un avis spécialisé peut proposer :
–une manométrie anorectale ;
–un test d'expulsion du ballonnet ;
–une défécographie (radiologique ou IRM) ;
–une mesure du temps de transit colique aux marqueurs radio-opaques.
•Ces examens relèvent de centres ayant une expertise en neurogastroentérologie et en explorations fonctionnelles.

Prise en charge

•Principes généraux : expliquer le mécanisme, fixer des objectifs réalistes et évaluer la réponse sur plusieurs semaines. Corriger d'abord les causes secondaires et revoir les médicaments constipants.
•Mesures hygiéno-diététiques :
–apport progressif en fibres alimentaires, à adapter à la tolérance (ballonnements) ;
–hydratation correcte ;
–activité physique régulière ;
–respect du besoin d'aller à la selle, avec une routine après les repas ;
–position de défécation adaptée (pieds surélevés, buste penché en avant).
•Laxatifs, à choisir selon le mécanisme et la tolérance (RCP et BDPM) :
–laxatifs de lest (ispaghula, psyllium) : efficacité variable, tolérance digestive à surveiller ;
–laxatifs osmotiques (macrogol, lactulose) : souvent privilégiés en première intention dans les pratiques courantes, à vérifier dans les recommandations de la SNFGE ;
–laxatifs stimulants (bisacodyl, séné, picosulfate) : plutôt en traitement d'appoint ou de courte durée, à discuter en cas d'usage prolongé ;
–voie rectale (suppositoires, mini-lavements) : utile en cas de constipation terminale ou de fécalome.
•Traitements de recours :
–prucalopride : place limitée aux situations d'échec des laxatifs, avec des conditions d'AMM et de remboursement à vérifier sur l'avis de la HAS et dans la BDPM ;
–antagonistes opioïdes périphériques en cas de constipation induite par les opioïdes, selon l'AMM.
•Dyssynergie défécatoire : la rééducation anorectale par biofeedback est l'approche de référence en cas de trouble évacuatoire confirmé.
•Formes réfractaires : discussion en réunion spécialisée. L'irrigation transanale, la neuromodulation ou la chirurgie sont réservées à des indications très sélectionnées.
•Suivi : réévaluer l'efficacité, la tolérance et la nécessité du traitement. Il convient de ne pas banaliser un usage chronique de laxatifs stimulants sans réévaluation.

Signes d'alerte et quand orienter

•Orientation rapide ou coloscopie :
–rectorragies, anémie, amaigrissement, masse palpable ;
–changement récent et persistant du transit chez un sujet de plus de 50 ans ;
–antécédents familiaux à risque de cancer colorectal.
•Urgence : douleurs abdominales intenses, vomissements, arrêt des matières et des gaz, météorisme important (suspicion d'occlusion), ou fécalome compliqué.
•Avis spécialisé (gastro-entérologue, centre d'explorations fonctionnelles) :
–échec d'un traitement bien conduit, avec plusieurs classes de laxatifs ;
–suspicion de dyssynergie défécatoire ;
–constipation sévère et invalidante ;
–suspicion de cause neurologique ou de trouble pelvi-périnéal.
•Une cause endocrinienne (hypothyroïdie, hypercalcémie) ou neurologique (maladie de Parkinson, sclérose en plaques, lésion médullaire) justifie une prise en charge étiologique dédiée.

Questions fréquentes

Un bilan biologique et une coloscopie sont-ils systématiques devant une constipation chronique ?

Non. En l'absence de signe d'alarme, l'examen clinique avec toucher rectal prime et le bilan biologique est ciblé selon le contexte. La coloscopie est indiquée en présence de signes d'alarme ou selon les règles de dépistage, à vérifier sur les recommandations de la HAS et de la SNFGE.

Quels laxatifs sont généralement proposés en première intention ?

Après les mesures hygiéno-diététiques, les laxatifs osmotiques (macrogol, lactulose) et les laxatifs de lest sont les options le plus souvent citées. Les stimulants sont plutôt réservés à un usage ponctuel. Le choix et les conditions d'utilisation sont à confirmer dans les RCP (BDPM) et les référentiels de la SNFGE.

Quand suspecter un trouble de l'évacuation (dyssynergie) ?

Devant des efforts de poussée importants, une sensation de blocage anorectal, des manœuvres digitales, ou un échec des laxatifs. Un avis spécialisé avec explorations anorectales peut alors être discuté, avec un biofeedback si le diagnostic est confirmé.

Les laxatifs stimulants peuvent-ils être pris au long cours ?

Leur usage prolongé est généralement déconseillé sans réévaluation. Il est préférable de les réserver à un recours ponctuel et de revoir la stratégie en cas de besoin persistant, selon les RCP et les recommandations de la SNFGE (à vérifier).

Sources

  1. 1. Haute Autorité de santé (HAS). Recommandations relatives au dépistage du cancer colorectal (test immunologique). Consultées en 2025 sur has-sante.fr ; date de publication à vérifier.
  2. 2. Haute Autorité de santé (HAS), Commission de la Transparence. Avis relatifs aux spécialités indiquées dans la constipation chronique (dont prucalopride). Consultés en 2025 sur has-sante.fr ; dates à vérifier.
  3. 3. Société nationale française de gastro-entérologie (SNFGE). Ressources et recommandations de pratique sur les troubles fonctionnels intestinaux et la constipation. Consultées en 2025 sur snfge.org ; date à vérifier.
  4. 4. Assurance Maladie (Ameli). Constipation de l'adulte : informations et conseils. Consulté en 2025 sur ameli.fr.
  5. 5. Base de données publique des médicaments (BDPM), ANSM. Résumés des caractéristiques du produit des laxatifs et des traitements de la constipation. Consultée en 2025 sur base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr.
  6. 6. Collège des enseignants d'hépato-gastro-entérologie. Référentiel de la discipline, chapitre sur les troubles du transit. Consulté en 2025 ; édition à vérifier.
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