Neurologie 6 min de lecture· 7 novembre 2026

Céphalées de tension : diagnostic et prise en charge en pratique

Synthèse documentaire à l'usage des professionnels de santé sur la céphalée de tension : critères diagnostiques, signes d'alerte, traitement de la crise, traitement de fond et prévention de la céphalée par abus médicamenteux.

Par L'équipe médicale Hippocrate MG

Synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé. Ne constitue pas un avis médical personnalisé ni un dispositif médical. Référez-vous aux sources officielles citées.

Points clés

  • ✓La céphalée de tension est la céphalée primaire la plus fréquente ; son diagnostic est clinique, après élimination des signes d'alerte.
  • ✓Les critères ICHD-3 reposent sur la durée, les caractéristiques de la douleur (bilatérale, en étau, légère à modérée) et l'absence de nausées ou de vomissements.
  • ✓Pour la crise, les antalgiques simples (paracétamol) ou les AINS sont les options de première intention ; les opioïdes sont à éviter.
  • ✓Le risque de céphalée par abus médicamenteux impose de limiter et de tracer la consommation d'antalgiques.
  • ✓Les formes fréquentes ou chroniques justifient une approche globale : facteurs de stress, sommeil, activité physique, techniques de relaxation et, selon le cas, un traitement de fond.

En bref

•La céphalée de tension (CTT) est une céphalée primaire, très fréquente en population générale, le plus souvent bénigne.
•Elle est classée par l'ICHD-3 selon sa fréquence : épisodique rare, épisodique fréquente, chronique.
•Le diagnostic est clinique : interrogatoire et examen neurologique normal, sans examen complémentaire systématique en l'absence de signe d'alerte.
•L'enjeu pratique est double : ne pas méconnaître une céphalée secondaire et prévenir la chronicisation, notamment par abus d'antalgiques.
•Les chiffres de prévalence et les posologies sont à vérifier sur les sources officielles citées en fin de fiche.

Reconnaître la céphalée de tension

Tableau clinique typique :

•Douleur bilatérale, à type de pression ou de serrement (en casque ou en étau), non pulsatile.
•Intensité légère à modérée, en général non aggravée par l'activité physique courante.
•Pas de nausées ni de vomissements ; photophobie ou phonophobie possibles, mais une seule des deux au plus.
•Durée de crise de 30 minutes à 7 jours selon l'ICHD-3.

Classification ICHD-3 selon la fréquence :

–Épisodique rare : moins d'un jour par mois en moyenne.
–Épisodique fréquente : de 1 à 14 jours par mois, depuis plus de 3 mois.
–Chronique : au moins 15 jours par mois, depuis plus de 3 mois.

Diagnostics différentiels fréquents :

•Migraine (douleur souvent unilatérale, pulsatile, aggravée par l'effort, avec nausées).
•Céphalée par abus médicamenteux.
•Céphalée cervicogénique, algie vasculaire de la face, troubles du sommeil, syndrome anxiodépressif associé.
•Les formes mixtes (migraine associée à des céphalées de tension) sont fréquentes.

Démarche diagnostique

Interrogatoire :

•Ancienneté, mode d'installation, fréquence, durée, localisation, type et intensité de la douleur.
•Signes associés, facteurs déclenchants ou aggravants (stress, sommeil, posture, écrans).
•Retentissement fonctionnel, comorbidités anxiodépressives, troubles du sommeil.
•Consommation d'antalgiques : molécules, nombre de jours de prise par mois, associations (codéine, caféine).
•Un agenda des céphalées facilite le diagnostic et le suivi.

Examen clinique :

•Examen neurologique complet, prise de la tension artérielle, examen des régions cervicale et temporale, palpation des muscles péricrâniens.

Imagerie et examens complémentaires :

•Non indiqués de façon systématique devant un tableau typique avec examen neurologique normal.
•À discuter en cas de signe d'alerte ou de modification récente du profil de la céphalée, selon les recommandations officielles (à vérifier sur la source HAS et dans le référentiel du Collège des enseignants de neurologie).

Prise en charge

Éducation et mesures générales :

•Expliquer le caractère bénin de la céphalée et le risque de chronicisation.
•Hygiène de vie : régularité du sommeil, activité physique, gestion du stress, ergonomie du poste de travail.
•Techniques non médicamenteuses : relaxation, biofeedback, thérapies cognitivo-comportementales, kinésithérapie ou prise en charge cervicale selon le contexte.

Traitement de la crise :

•Première intention : antalgiques simples (paracétamol) ou anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, aspirine), en tenant compte des contre-indications et des mises en garde de l'ANSM (posologies et durées à vérifier dans le RCP).
•Éviter les opioïdes et les associations contenant codéine, caféine ou barbituriques, qui favorisent l'abus médicamenteux.
•Les triptans ne sont pas indiqués dans la céphalée de tension pure, mais peuvent l'être en cas de migraine associée.

Prévention de l'abus médicamenteux :

•Selon l'ICHD-3, le seuil est d'au moins 15 jours par mois de prise d'antalgiques simples, ou d'au moins 10 jours par mois pour les associations ou opioïdes, depuis plus de 3 mois.
•Conseiller de limiter la prise d'antalgiques à quelques jours par semaine et assurer un suivi daté de la consommation.

Traitement de fond (formes fréquentes ou chroniques) :

•L'amitriptyline à faible dose est la molécule la plus étudiée ; son usage dans cette indication est à vérifier au regard de l'AMM sur la base publique des médicaments (BDPM).
•Le choix, la titration et la surveillance (effets anticholinergiques, sédation, interactions) sont à adapter au patient.
•Les benzodiazépines et les myorelaxants ne sont pas recommandés au long cours.
•Réévaluer l'efficacité et la tolérance après une période d'essai suffisante, avec un agenda des céphalées.

Signes d'alerte et quand orienter

Rechercher systématiquement une céphalée secondaire devant :

•Une céphalée d'apparition brutale (en coup de tonnerre) ou d'intensité inhabituelle.
•Une céphalée d'apparition récente après 50 ans, ou un changement net du profil d'une céphalée connue.
•Une fièvre, une raideur de nuque, une altération de la conscience.
•Un déficit neurologique focal, des crises convulsives, un œdème papillaire.
•Une céphalée progressive, d'aggravation continue, ou déclenchée par l'effort, la toux ou la manœuvre de Valsalva.
•Une céphalée survenant dans un contexte de traumatisme, de grossesse ou post-partum, de cancer, d'immunodépression ou de traitement anticoagulant.
•Chez le sujet âgé : douleur temporale, claudication de la mâchoire, élévation des marqueurs inflammatoires (suspicion de maladie de Horton, nécessitant une démarche urgente).

Orientation vers un avis spécialisé (neurologue ou structure d'étude des céphalées) :

•Doute diagnostique, forme chronique réfractaire, échec de deux traitements de fond bien conduits.
•Abus médicamenteux nécessitant un sevrage encadré.
•Retentissement professionnel ou psychosocial important.

Questions fréquentes

Comment différencier une céphalée de tension d'une migraine ?

La céphalée de tension est typiquement bilatérale, en étau, d'intensité légère à modérée, non aggravée par l'effort et sans nausées ni vomissements. La migraine est plus souvent unilatérale, pulsatile, plus intense, aggravée par l'effort et associée à des nausées et à une photophobie ou phonophobie (critères ICHD-3). Les deux peuvent coexister.

Une imagerie cérébrale est-elle nécessaire devant une céphalée de tension ?

Non, en l'absence de signe d'alerte, avec un tableau clinique typique et un examen neurologique normal. L'imagerie se discute devant un signe d'alerte ou un changement du profil des céphalées, selon les recommandations officielles (HAS, référentiel de neurologie) à vérifier.

Quels antalgiques privilégier et lesquels éviter ?

Le paracétamol et les AINS sont les options de première intention pour la crise, dans le respect des contre-indications du RCP. Les opioïdes et les associations avec codéine ou caféine sont à éviter en raison du risque de céphalée par abus médicamenteux (posologies à vérifier dans la BDPM et auprès de l'ANSM).

Quand envisager un traitement de fond ?

Il se discute dans les formes épisodiques fréquentes ou chroniques avec retentissement, après éducation et mesures non médicamenteuses. L'amitriptyline à faible dose est la molécule la plus étudiée, avec un statut réglementaire dans cette indication à vérifier dans la BDPM. Un suivi par agenda des céphalées est recommandé.

Sources

  1. 1. Headache Classification Committee of the International Headache Society (IHS). The International Classification of Headache Disorders, 3rd edition (ICHD-3). Cephalalgia. 2018;38(1):1-211.
  2. 2. Haute Autorité de Santé (HAS). Recommandations et documents de la HAS relatifs à la prise en charge des céphalées primaires et de la migraine de l'adulte (version en vigueur à vérifier sur www.has-sante.fr). 2012.
  3. 3. Collège des enseignants de neurologie. Neurologie : item Céphalée (référentiel pour les EDN). 4e éd. Issy-les-Moulineaux : Elsevier Masson; 2018.
  4. 4. Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Base de données publique des médicaments (BDPM) : résumés des caractéristiques du produit (paracétamol, AINS, amitriptyline) et informations de sécurité. Consultation 2024.
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