Dermatologie 6 min de lecture· 7 novembre 2026

Urticaire aiguë et chronique : diagnostic et prise en charge

Synthèse documentaire à l'usage des professionnels de santé sur l'urticaire aiguë et chronique : distinction clinique, bilan raisonné, stratégie thérapeutique par paliers et critères d'orientation.

Par L'équipe médicale Hippocrate MG

Synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé. Ne constitue pas un avis médical personnalisé ni un dispositif médical. Référez-vous aux sources officielles citées.

Points clés

  • ✓L'urticaire est un diagnostic clinique : plaques œdémateuses prurigineuses fugaces (< 24 h), avec ou sans angiœdème.
  • ✓Le seuil de 6 semaines distingue l'urticaire aiguë de l'urticaire chronique.
  • ✓Dans l'urticaire aiguë, aucun bilan systématique n'est justifié en l'absence de point d'appel.
  • ✓Dans l'urticaire chronique, la prise en charge repose sur les antihistaminiques H1 de seconde génération, puis sur une escalade par paliers.
  • ✓Un angiœdème isolé, récidivant ou sans urticaire impose d'évoquer une cause bradykinique (déficit en C1-inhibiteur, IEC).

En bref

•Urticaire : papules ou plaques érythémateuses ou rosées, œdémateuses, prurigineuses, migratrices, disparaissant sans séquelle en moins de 24 heures.
•Angiœdème : tuméfaction du derme profond ou de l'hypoderme et des muqueuses, souvent douloureuse ou à type de tension, résolutive en 24 à 72 heures. Il peut être associé à l'urticaire.
•Urticaire aiguë : évolution de moins de 6 semaines. Les causes fréquentes sont infectieuses (notamment virales), médicamenteuses ou alimentaires, mais la cause reste souvent non identifiée.
•Urticaire chronique : lésions présentes plus de 6 semaines. On distingue l'urticaire chronique spontanée (UCS) et l'urticaire chronique inductible (physique ou autre, déclenchée par un stimulus identifié).
•Cette fiche est une synthèse documentaire, qui ne remplace ni le jugement clinique ni les référentiels officiels.

Reconnaître : signes cliniques et formes

•Lésions fugaces, mobiles, prurigineuses, de taille variable, à contours nets, parfois annulaires, avec un fond érythémateux qui s'efface à la vitro-pression.
•Éléments évocateurs de l'urticaire : absence de lésion fixe au-delà de 24 heures, absence de séquelle pigmentaire ou purpurique, prurit au premier plan.
•Formes inductibles à rechercher à l'interrogatoire :
–dermographisme (pression ou frottement)
–urticaire au froid
–urticaire cholinergique (chaleur, effort, émotion)
–urticaire retardée à la pression
–urticaire solaire, vibratoire, aquagénique, de contact
•Éléments atypiques imposant de remettre en cause le diagnostic :
–lésions fixes de plus de 24 heures
–lésions douloureuses plutôt que prurigineuses
–purpura ou séquelles pigmentées
–fièvre persistante, arthralgies, altération de l'état général
•Ces signes orientent vers un diagnostic différentiel : vascularite urticarienne, syndromes auto-inflammatoires, pemphigoïde bulleuse débutante, toxidermie, mastocytose.

Démarche diagnostique

•Le diagnostic est clinique. L'interrogatoire est l'étape clé : date de début, durée des lésions, facteurs déclenchants, médicaments (AINS, aspirine, IEC, antibiotiques, opioïdes), infections récentes, aliments, contexte professionnel, retentissement sur le sommeil et la qualité de vie.
•Urticaire aiguë :
–pas de bilan systématique en l'absence de point d'appel
–en cas de suspicion d'allergie IgE-médiée (délai court après un aliment, un médicament ou un venin), orientation vers un bilan allergologique
•Urticaire chronique spontanée : un bilan limité est habituellement proposé pour exclure un diagnostic différentiel, par exemple NFS avec formule et CRP ou VS. Les examens complémentaires sont à adapter aux données cliniques, sans bilan étiologique exhaustif systématique. La liste précise est à vérifier dans les recommandations de la Société française de dermatologie.
•Urticaire chronique inductible : tests de provocation standardisés (glaçon, frottement, pression, chaleur, effort) selon le type suspecté, de préférence en milieu spécialisé.
•Angiœdème sans urticaire : doser le C4, le C1-inhibiteur (antigénique et fonctionnel) et rechercher une prise d'IEC ou de sartans. Un avis auprès du centre de référence des angiœdèmes à kinines est recommandé en cas de suspicion bradykinique.
•Évaluation de l'activité et du contrôle : scores validés (UAS7 pour l'activité, UCT pour le contrôle, AECT pour l'angiœdème), à utiliser lors du suivi.

Prise en charge

•Principes généraux :
–informer sur l'évolution souvent spontanément favorable mais parfois prolongée de l'urticaire chronique
–identifier et éviter les facteurs aggravants (AINS et aspirine en cas d'intolérance, stress, chaleur, frottements)
–éviter les régimes d'exclusion non justifiés
•Urticaire aiguë :
–antihistaminique anti-H1 de seconde génération (non sédatif) à la demande ou sur une courte durée
–une courte corticothérapie orale peut être discutée pour les poussées sévères, selon l'avis du prescripteur
–traiter la cause lorsqu'elle est identifiée (arrêt du médicament suspect)
•Urticaire chronique, stratégie par paliers (recommandations internationales EAACI/GA²LEN/EuroGuiDerm/APAAACI, reprises par les spécialistes français) :
–1re ligne : anti-H1 de seconde génération à dose AMM
–2e ligne : en l'absence de contrôle, augmentation de la dose jusqu'à 4 fois la dose AMM, hors AMM pour la plupart des molécules (à vérifier dans le RCP et sur la BDPM)
–3e ligne : omalizumab, indiqué dans l'UCS de l'adulte et de l'adolescent insuffisamment répondeurs aux anti-H1 (AMM et conditions de remboursement à vérifier sur la BDPM et dans les avis de la Commission de la Transparence de la HAS)
–4e ligne : ciclosporine, hors AMM, en milieu spécialisé
•Les corticoïdes systémiques sont réservés aux exacerbations, sur une durée courte, et ne conviennent pas au traitement au long cours.
•Une décroissance thérapeutique progressive peut être discutée après une période de contrôle prolongé.
•Grossesse et allaitement : consulter le CRAT avant toute prescription d'anti-H1.
•Chez l'enfant et chez les sujets présentant des comorbidités, les posologies sont à vérifier dans le RCP.

Signes d'alerte et orientation

•Urgence : urticaire associée à des signes d'anaphylaxie (dyspnée, stridor, œdème laryngé, hypotension, malaise, symptômes digestifs intenses). L'adrénaline intramusculaire est le traitement de première intention, avec appel du SAMU (15).
•Angiœdème de la face, de la langue ou du larynx, ou angiœdème récidivant sans urticaire : avis urgent ou spécialisé, la cause bradykinique ne répondant pas aux anti-H1, aux corticoïdes ni à l'adrénaline dans les mêmes conditions.
•Orientation dermatologique ou allergologique :
–urticaire chronique non contrôlée sous anti-H1 à dose augmentée
–suspicion de vascularite urticarienne (lésions fixes, douloureuses, purpura, signes systémiques) avec biopsie cutanée à discuter
–suspicion de maladie auto-inflammatoire ou de mastocytose
–urticaire inductible nécessitant des tests de provocation
–suspicion d'allergie IgE-médiée
•Un retentissement important sur le sommeil, l'activité professionnelle ou l'état psychique justifie une réévaluation de la stratégie thérapeutique.

Questions fréquentes

À partir de quelle durée parle-t-on d'urticaire chronique ?

Au-delà de 6 semaines d'évolution (lésions, angiœdème ou les deux, présents de façon quotidienne ou récurrente). En dessous, on parle d'urticaire aiguë. Cette définition est reprise par les recommandations internationales et les référentiels français de dermatologie.

Un bilan étiologique est-il nécessaire devant une urticaire aiguë ?

Non, pas de façon systématique. Le diagnostic est clinique et un bilan n'est proposé qu'en présence d'un point d'appel (suspicion d'allergie, signes systémiques). Les recommandations de la Société française de dermatologie et le référentiel des enseignants de dermatologie sont à consulter pour les situations particulières.

Quand augmenter la dose d'antihistaminique dans l'urticaire chronique ?

En cas de contrôle insuffisant après la dose standard, les recommandations internationales proposent d'augmenter la dose jusqu'à 4 fois la dose AMM d'un anti-H1 de seconde génération. Cette utilisation est hors AMM pour la plupart des molécules et doit être vérifiée dans le RCP (BDPM) et justifiée dans le dossier du patient.

Quelle place pour l'omalizumab ?

Il est indiqué en complément des anti-H1 dans l'urticaire chronique spontanée de l'adulte et de l'adolescent insuffisamment répondeurs. Les conditions de prescription et de remboursement sont à vérifier sur la BDPM et dans les avis de la Commission de la Transparence de la HAS.

Que faire devant un angiœdème sans urticaire ?

Rechercher les médicaments inducteurs (IEC, sartans) et doser le C4 ainsi que le C1-inhibiteur. En cas de suspicion bradykinique, orienter vers le centre de référence des angiœdèmes à kinines, car les anti-H1 et les corticoïdes sont habituellement inefficaces.

Sources

  1. 1. Collège des enseignants de dermatologie de France (CEDEF). Référentiel de dermatologie : Urticaire de l'enfant et de l'adulte, angiœdème (EDN, item 187). Édition en ligne, consultation 2025, millésime à vérifier.
  2. 2. Société française de dermatologie (SFD). Recommandations françaises sur la prise en charge de l'urticaire chronique. Consultation 2025, année de publication à vérifier sur le site de la société savante.
  3. 3. Zuberbier T, Abdul Latiff AH, Abuzakouk M, et al. The international EAACI/GA²LEN/EuroGuiDerm/APAAACI guideline for the definition, classification, diagnosis, and management of urticaria. Allergy. 2022.
  4. 4. Haute Autorité de santé (HAS), Commission de la Transparence. Avis relatifs à l'omalizumab (Xolair) dans l'urticaire chronique spontanée. Consultation 2025, date de l'avis à vérifier sur has-sante.fr.
  5. 5. Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Base de données publique des médicaments (BDPM) : résumés des caractéristiques du produit des anti-H1 et de l'omalizumab. Consultation 2025.
  6. 6. Centre de référence sur les agents tératogènes (CRAT). Fiches médicaments : antihistaminiques et grossesse ou allaitement. Consultation 2025.
  7. 7. Société française d'allergologie (SFA). Recommandations sur la prise en charge de l'anaphylaxie. Consultation 2025, année de publication à vérifier.
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