Dermatologie 6 min de lecture· 7 novembre 2026

Dermite séborrhéique : diagnostic et prise en charge

Synthèse documentaire à l'usage des professionnels de santé sur la reconnaissance clinique de la dermite séborrhéique de l'adulte et du nourrisson, et sur les options de prise en charge. Les données précises sont à vérifier dans les sources officielles citées.

Par L'équipe médicale Hippocrate MG

Synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé. Ne constitue pas un avis médical personnalisé ni un dispositif médical. Référez-vous aux sources officielles citées.

Points clés

  • ✓Le diagnostic est clinique : érythème et squames grasses sur les zones riches en glandes sébacées.
  • ✓C'est une dermatose chronique et récidivante : l'objectif est le contrôle des poussées, pas la guérison.
  • ✓Le traitement de première intention repose sur les topiques antifongiques, avec des kératolytiques en appoint.
  • ✓Les dermocorticoïdes sont réservés aux poussées inflammatoires, sur courte durée et avec une classe adaptée au visage.
  • ✓Une forme brutale, étendue ou réfractaire doit faire rechercher une immunodépression ou une affection neurologique, et faire reconsidérer le diagnostic.

En bref

•Dermatose inflammatoire chronique et fréquente, siégeant sur les régions riches en glandes sébacées (cuir chevelu, visage, région présternale).
•Physiopathologie multifactorielle : le rôle de la levure Malassezia, de la séborrhée et d'une réponse inflammatoire individuelle est classiquement évoqué.
•Évolution par poussées, avec des facteurs favorisants fréquemment décrits : stress, fatigue, saison froide, certains médicaments.
•Deux profils sont à distinguer : la forme du nourrisson, souvent transitoire, et la forme de l'adulte, plutôt chronique.
•Les pellicules (état pelliculaire) sont considérées comme une forme mineure du même spectre.
•Source de référence : référentiel des enseignants de dermatologie et ressources de la Société Française de Dermatologie (à vérifier dans leur version en vigueur).

Signes cliniques / Reconnaître

Forme de l'adulte :

•Placards érythémateux à bords souvent mal limités, recouverts de squames grasses, jaunâtres ou parfois sèches.
•Localisations typiques : sillons nasogéniens, ailes du nez, glabelle, sourcils, paupières (blépharite), conduits auditifs externes et plis rétro-auriculaires, cuir chevelu, région présternale et plis.
•Prurit possible mais généralement modéré.
•Évolution chronique avec rémissions et rechutes.

Forme du nourrisson :

•Croûtes épaisses jaunâtres du cuir chevelu (croûtes de lait) et érythème des plis ou du siège.
•Début dans les premiers mois de vie, avec régression spontanée habituellement décrite.
•Un enfant en bon état général, sans retentissement, est le tableau usuel.

Terrains associés décrits :

•Maladie de Parkinson et autres affections neurologiques.
•Infection par le VIH et autres immunodépressions, avec formes plus étendues ou résistantes.
•Certains traitements (à rechercher à l'interrogatoire, voir RCP et BDPM).

Démarche diagnostique

•Le diagnostic est clinique : aspect, topographie et chronicité suffisent dans la grande majorité des cas.
•Aucun examen complémentaire n'est systématique.
•Interrogatoire : ancienneté, rythme des poussées, facteurs déclenchants, traitements en cours (y compris dermocorticoïdes antérieurs), antécédents neurologiques, contexte d'immunodépression.

Diagnostics différentiels à envisager :

•Psoriasis du cuir chevelu ou du visage (plaques plus nettes, squames plus sèches et épaisses, atteinte unguéale ou localisations typiques associées).
•Dermatite atopique, notamment chez le nourrisson.
•Rosacée (papulo-pustules, télangiectasies, flush).
•Dermatite de contact ou irritative (cosmétiques, produits capillaires).
•Teigne du cuir chevelu, surtout chez l'enfant : prélèvement mycologique en cas de doute.
•Lupus cutané, dermatomyosite, pityriasis rosé, candidose des plis.

Examens à discuter selon le contexte :

•Prélèvement mycologique si suspicion de teigne ou de candidose.
•Sérologie VIH en cas de forme brutale, profuse ou atypique, selon l'avis clinique.
•Avis dermatologique en cas de doute persistant.

Prise en charge

Principes généraux :

•Informer sur la nature chronique et récidivante de l'affection et sur l'objectif de contrôle des poussées.
•Phase d'attaque pour obtenir la rémission, puis traitement d'entretien intermittent pour limiter les rechutes.

Traitements topiques (RCP et posologies à vérifier dans la BDPM) :

•Antifongiques : kétoconazole (gel moussant ou crème) et ciclopirox sont les options de première intention classiquement citées. Le rythme d'application dépend de la spécialité.
•Kératolytiques : acide salicylique, parfois associé à des émollients ou à des huiles pour décoller les squames du cuir chevelu.
•Shampooings antipelliculaires (sulfure de sélénium, pyrithione zinc, etc.) en entretien du cuir chevelu.
•Dermocorticoïdes : réservés aux poussées inflammatoires, sur courte durée. Au visage, privilégier une classe de faible activité et éviter les corticoïdes forts, en raison du risque d'atrophie, de télangiectasies et d'effet rebond.
•Inhibiteurs de la calcineurine : utilisation hors AMM possible dans certaines situations, à vérifier avant toute prescription.

Voie orale :

•Le kétoconazole oral n'est plus disponible dans les infections fongiques en raison de son hépatotoxicité (décision de l'ANSM, 2013). Il n'est donc pas une option.
•Les formes sévères ou résistantes relèvent d'un avis spécialisé.

Mesures associées :

•Nettoyage doux, éviter les produits irritants ou occlusifs sur les zones atteintes.
•Réévaluer les médicaments potentiellement favorisants.

Nourrisson :

•Ramollir les croûtes avec un corps gras (huile végétale, vaseline) puis procéder à un shampooing doux.
•Les topiques antifongiques ou corticoïdes sont à utiliser avec prudence : vérifier l'AMM et l'âge minimal dans le RCP.

Grossesse et allaitement : consulter le CRAT avant toute prescription.

Signes d'alerte / Quand orienter

•Forme étendue, érythrodermique ou d'apparition brutale : rechercher un terrain d'immunodépression, une maladie neurologique ou un autre diagnostic.
•Résistance au traitement bien conduit ou rechutes très rapprochées : reconsidérer le diagnostic (psoriasis, rosacée, lupus, teigne) et orienter vers un dermatologue.
•Suspicion de teigne, d'impétigo ou de surinfection (suintement, croûtes mélicériques, fièvre) : prélèvements et prise en charge adaptée.
•Atteinte oculaire (blépharite persistante, douleur, baisse d'acuité visuelle) : avis ophtalmologique.
•Nourrisson avec lésions étendues, suintantes, associées à une altération de l'état général, une diarrhée ou un retard de croissance : avis pédiatrique ou spécialisé urgent.
•Usage prolongé de dermocorticoïdes au visage avec signes d'atrophie ou de dermite péri-orale : réévaluation du traitement.

Questions fréquentes

Le diagnostic de dermite séborrhéique nécessite-t-il des examens complémentaires ?

Non dans la majorité des cas : le diagnostic est clinique. Un prélèvement mycologique est à discuter en cas de suspicion de teigne ou de candidose, et une recherche d'immunodépression en cas de forme brutale ou atypique. Voir le référentiel des enseignants de dermatologie.

Quelle est la première intention thérapeutique dans la dermite séborrhéique de l'adulte ?

Les antifongiques topiques (kétoconazole, ciclopirox) sont classiquement proposés en première intention, avec des kératolytiques en appoint. Les dermocorticoïdes sont limités aux poussées inflammatoires, sur courte durée. Les modalités exactes sont à vérifier dans la BDPM.

Peut-on guérir définitivement une dermite séborrhéique ?

Chez l'adulte, il s'agit d'une affection chronique avec rechutes fréquentes : l'objectif est le contrôle des poussées, avec un traitement d'entretien intermittent. Chez le nourrisson, la régression spontanée est habituelle.

Comment différencier dermite séborrhéique et psoriasis du cuir chevelu ?

Le psoriasis donne des plaques mieux limitées avec des squames plus sèches et épaisses, et d'éventuelles localisations associées (coudes, genoux, ongles). Les formes frontières existent, et un avis dermatologique peut être utile.

Le kétoconazole oral est-il une option dans les formes résistantes ?

Non. Les autorisations de mise sur le marché du kétoconazole oral dans les mycoses ont été suspendues en 2013 à la suite des recommandations de l'ANSM, en raison du risque hépatique. Les formes résistantes relèvent d'un avis spécialisé.

Sources

  1. 1. Collège des Enseignants de Dermatologie de France. Dermatologie : référentiel pour la préparation des EDN, chapitre Dermatoses faciales : acné, rosacée, dermatite séborrhéique. Édition en vigueur (à vérifier). 2022.
  2. 2. Société Française de Dermatologie. Ressources et recommandations professionnelles. 2024. https://www.sfdermato.org
  3. 3. Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Base de données publique des médicaments : résumés des caractéristiques du produit (kétoconazole, ciclopirox, dermocorticoïdes). Consultation 2024. https://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr
  4. 4. Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Kétoconazole par voie orale : suspension des autorisations de mise sur le marché dans les infections fongiques. 2013.
  5. 5. Centre de Référence sur les Agents Tératogènes. Fiches médicaments et grossesse. 2024. https://www.lecrat.fr
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