Dermatologie 6 min de lecture· 7 novembre 2026

Gale : diagnostic et traitement du patient et de l'entourage

Synthèse documentaire à destination des professionnels de santé sur la gale : reconnaître, confirmer, traiter le patient, l'entourage et l'environnement, et repérer les situations à orienter.

Par L'équipe médicale Hippocrate MG

Synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé. Ne constitue pas un avis médical personnalisé ni un dispositif médical. Référez-vous aux sources officielles citées.

Points clés

  • ✓Le diagnostic est avant tout clinique : prurit à recrudescence nocturne, notion de contage, lésions de topographie évocatrice.
  • ✓Le traitement du cas index s'accompagne du traitement simultané des sujets contacts proches, même asymptomatiques.
  • ✓Une seconde prise ou application à intervalle défini est généralement prévue : schéma à vérifier sur le RCP du produit choisi.
  • ✓Le prurit peut persister plusieurs semaines après un traitement efficace (prurit post-scabieux), sans signifier un échec.
  • ✓En collectivité (EHPAD, établissements) : deux cas ou plus justifient une conduite à tenir coordonnée et un signalement.

En bref

•Parasitose cutanée contagieuse due à Sarcoptes scabiei var. hominis, transmise surtout par contact cutané prolongé (familial, sexuel, collectivités).
•Transmission indirecte possible par le linge et la literie, surtout dans les formes profuses ou hyperkératosiques.
•Incubation habituellement de quelques semaines lors d'une première infestation, beaucoup plus courte en cas de réinfestation (durées exactes à vérifier sur la source officielle).
•La prise en charge repose sur trois volets : traitement du patient, traitement des contacts, mesures sur le linge et l'environnement.
•Références principales : avis et guide du HCSP sur la conduite à tenir devant un ou plusieurs cas de gale, Collège des enseignants de dermatologie, Vidal/BDPM, ANSM.

Reconnaître la gale

•Prurit à recrudescence nocturne, souvent avec notion de prurit chez des proches.
•Lésions typiques : sillons scabieux, vésicules perlées, topographie préférentielle aux espaces interdigitaux, faces antérieures des poignets, coudes, aisselles, ombilic, fesses, organes génitaux externes.
•Nodules scabieux : papules ou nodules prurigineux persistants, notamment génitaux chez l'homme et les aisselles.
•Respect habituel du visage et du cuir chevelu chez l'adulte immunocompétent.
•Chez le nourrisson et le jeune enfant : atteinte possible du visage, du cuir chevelu, des paumes et des plantes, avec vésiculo-pustules.
•Lésions de grattage et surinfection bactérienne possibles et susceptibles de masquer le tableau.
•Formes particulières : gale profuse et gale hyperkératosique (croûteuse), contagieuse, observée chez les sujets âgés, immunodéprimés ou en situation de dépendance, parfois avec un prurit modéré voire absent.
•Diagnostics différentiels : eczéma, prurigo, dermatite atopique, toxidermie, pédiculose corporelle, autres causes de prurit généralisé.

Démarche diagnostique

•Le diagnostic est le plus souvent clinique et épidémiologique : prurit, lésions évocatrices, contexte de cas similaires dans l'entourage ou la collectivité.
•La dermoscopie peut aider en visualisant l'acarien et son sillon (aspect décrit en delta-wing jet ou deltaplane).
•Le prélèvement parasitologique (grattage de lésions, examen direct) confirme le diagnostic mais sa négativité n'exclut pas la gale.
•En cas de gale hyperkératosique, la charge parasitaire est très élevée et l'examen direct est en général contributif.
•Rechercher systématiquement : date de début, cas dans l'entourage, partenaires sexuels, séjours en collectivité, immunodépression, grossesse, poids de l'enfant.
•Chercher une surinfection (impétiginisation) et une autre IST en cas de contexte sexuel, selon le jugement clinique.

Prise en charge du patient

•Options médicamenteuses décrites dans les sources françaises : ivermectine par voie orale (dose pondérale, prise unique, renouvelée selon le schéma du RCP), perméthrine 5 % en crème, benzoate de benzyle en lotion, esdépalléthrine associée au pipéronyl butoxyde en spray.
•Ivermectine orale : dose habituellement rapportée au poids, prise à distance des repas, seconde prise à un intervalle défini (souvent 7 à 14 jours) ; poids minimal et précautions d'emploi à vérifier dans le RCP (Vidal/BDPM).
•Topiques : application sur l'ensemble du corps (y compris plis, espaces interdigitaux, régions sous-unguéales, ombilic, organes génitaux), puis durée de contact précise selon le produit, avec renouvellement selon le RCP.
•Chez le nourrisson, la femme enceinte ou allaitante, et l'insuffisant hépatique ou rénal : choix du produit à valider au cas par cas ; pour la grossesse et l'allaitement, consulter le CRAT.
•Gale profuse ou hyperkératosique : prise en charge spécialisée, associant le plus souvent ivermectine répétée, topique scabicide et kératolytique, avec isolement de contact. Schéma à vérifier sur la source officielle.
•Prurit : les émollients et, si besoin, un antihistaminique sédatif de courte durée peuvent être discutés ; le prurit post-scabieux peut persister plusieurs semaines.
•Une persistance des lésions actives au-delà de la période attendue doit faire évoquer un échec (mauvaise application, réinfestation, contact non traité) avant de changer de molécule.
•Surinfection bactérienne : traitement selon les recommandations habituelles de l'impétigo ou de la surinfection cutanée.

Entourage, linge et environnement

•Le HCSP recommande de traiter simultanément le cas et les sujets contacts proches (personnes vivant sous le même toit, partenaires sexuels, contacts cutanés prolongés), même asymptomatiques.
•Simultanéité des traitements indispensable pour éviter les réinfestations (ping-pong).
•Linge et literie : lavage en machine à température élevée (60 °C est la valeur habituellement citée, à vérifier), séchage prolongé, ou mise en sac fermé pendant au moins 72 heures pour ce qui ne se lave pas à cette température.
•Un acaricide en spray peut être utilisé pour literie, fauteuils ou textiles non lavables, selon les consignes du HCSP.
•Les vêtements et le linge portés ou utilisés dans les jours précédant le traitement sont concernés.
•En collectivité (EHPAD, crèche, établissements de santé) : coordination avec l'équipe d'hygiène et le médecin coordonnateur, traitement du personnel exposé selon le contexte, et signalement à l'ARS en cas de cas groupés.
•Éviction scolaire ou professionnelle : modalités réglementaires à vérifier sur la source officielle.

Signes d'alerte et quand orienter

•Gale hyperkératosique ou profuse, ou suspicion chez un patient immunodéprimé : avis dermatologique ou infectiologique.
•Cas groupés (au moins deux cas) en collectivité : contact avec l'équipe d'hygiène, l'ARS ou le CPias.
•Échec apparent après traitement bien conduit : vérifier observance, technique d'application, traitement des contacts, avant de réévaluer le diagnostic.
•Surinfection étendue, fièvre, signes généraux : prise en charge de l'infection bactérienne.
•Enfant de faible poids, nourrisson, grossesse, comorbidités hépatiques ou interactions médicamenteuses : avis spécialisé et vérification du RCP et du CRAT.

Questions fréquentes

Faut-il traiter l'entourage d'un patient atteint de gale s'il n'a pas de symptômes ?

Oui. Le HCSP recommande le traitement simultané des sujets contacts proches, même asymptomatiques, en raison de l'incubation et du risque de réinfestation. La définition des contacts est à vérifier dans le guide du HCSP.

Pourquoi le prurit persiste-t-il après un traitement antigale ?

Le prurit post-scabieux peut persister plusieurs semaines malgré l'éradication du parasite. Un échec doit toutefois être évoqué si de nouvelles lésions actives apparaissent ; vérifier alors le traitement des contacts et la décontamination du linge.

Comment décontaminer le linge et la literie ?

Les sources françaises décrivent un lavage en machine à température élevée, un séchage prolongé ou un isolement en sac fermé d'au moins 72 heures, avec un acaricide en spray pour les textiles non lavables. Valeurs exactes à vérifier dans le guide du HCSP.

Quelle est la particularité de la gale hyperkératosique ?

Elle est très contagieuse en raison d'une charge parasitaire élevée, survient surtout chez les sujets âgés ou immunodéprimés et nécessite une prise en charge spécialisée, avec isolement et traitement renforcé selon les référentiels.

Sources

  1. 1. Haut Conseil de la santé publique. Conduite à tenir devant un ou plusieurs cas de gale (avis et guide). 2012.
  2. 2. Collège des enseignants de dermatologie de France. Dermatologie : item Gale, Référentiel pour la préparation des examens nationaux. Dernière édition disponible.
  3. 3. Base de données publique des médicaments (BDPM) / Vidal. Résumés des caractéristiques du produit : ivermectine (Stromectol), perméthrine 5 % (Topiscab), benzoate de benzyle (Ascabiol), esdépalléthrine/pipéronyl butoxyde (Spregal). Consultation de la version en vigueur.
  4. 4. Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Informations de sécurité relatives aux médicaments antigale. À vérifier sur la source officielle.
  5. 5. Centre de référence sur les agents tératogènes (CRAT). Fiches ivermectine et perméthrine : grossesse et allaitement. Version en ligne en vigueur.
  6. 6. Assurance Maladie (Ameli). Gale : symptômes, traitement et prévention. Consultation de la version en vigueur.
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Contenu documentaire destiné aux professionnels de santé. Il ne constitue pas un dispositif médical, ni un avis médical personnalisé, et ne remplace pas une consultation. Vérifiez toujours les informations sur les sources officielles citées.