Ophtalmologie 6 min de lecture· 7 novembre 2026

Sécheresse oculaire : diagnostic et prise en charge en pratique

Synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé sur la maladie de la surface oculaire. Elle couvre l'évaluation clinique, les tests usuels, la prise en charge étagée et les critères d'orientation vers l'ophtalmologiste.

Par L'équipe médicale Hippocrate MG

Synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé. Ne constitue pas un avis médical personnalisé ni un dispositif médical. Référez-vous aux sources officielles citées.

Points clés

  • ✓La sécheresse oculaire est une maladie multifactorielle de la surface oculaire, avec instabilité du film lacrymal, hyperosmolarité et inflammation.
  • ✓Le diagnostic repose d'abord sur l'interrogatoire (symptômes, médicaments, environnement) puis sur des tests simples : OSDI, BUT, coloration cornéenne, test de Schirmer.
  • ✓La prise en charge est étagée : mesures environnementales et hygiène palpébrale, substituts lacrymaux sans conservateur, puis traitements anti-inflammatoires ou procédures spécialisées.
  • ✓Une douleur marquée, une baisse d'acuité visuelle ou une atteinte cornéenne justifient une orientation ophtalmologique rapide.

En bref

•La sécheresse oculaire est une maladie multifactorielle de la surface oculaire. Elle associe instabilité du film lacrymal, hyperosmolarité, inflammation et lésions de la surface, avec des symptômes d'inconfort et parfois des troubles visuels.
•Deux mécanismes principaux sont décrits et souvent associés : l'hyposécrétion lacrymale (déficit aqueux) et la forme évaporative, liée notamment à la dysfonction des glandes de Meibomius.
•Les facteurs de risque fréquents sont l'âge, le sexe féminin, le travail prolongé sur écran, le port de lentilles, la ménopause, les maladies auto-immunes (dont le syndrome de Sjögren) et certains médicaments.
•Les données épidémiologiques chiffrées varient selon les définitions retenues : à vérifier sur la source officielle (rapport SFO).

Reconnaître : signes cliniques

•Symptômes fréquents : sensation de sable ou de corps étranger, brûlures, picotements, rougeur, fatigue visuelle en fin de journée, photophobie.
•Paradoxe possible : larmoiement réflexe en réponse à l'irritation de la surface.
•Vision fluctuante, améliorée par le clignement.
•Symptômes aggravés par les écrans, la climatisation, le chauffage, le vent ou la lecture prolongée.
•Signes cliniques à rechercher :
–ménisque lacrymal réduit
–hyperhémie conjonctivale
–blépharite, télangiectasies du bord libre, orifices meibomiens obstrués
–kératite ponctuée superficielle
•Médicaments à rechercher à l'interrogatoire :
–isotrétinoïne
–antihistaminiques
–anticholinergiques
–certains antidépresseurs
–collyres conservés, notamment les collyres antiglaucomateux
•Terrains associés à repérer : sécheresse buccale (syndrome de Sjögren), polyarthrite rhumatoïde, rosacée, antécédent de chirurgie réfractive ou de cataracte, port de lentilles.

Démarche diagnostique

•Interrogatoire structuré : durée, retentissement, facteurs aggravants, traitements systémiques et locaux, pathologies générales, environnement professionnel.
•Questionnaire de symptômes : l'OSDI (Ocular Surface Disease Index) permet de quantifier la gêne et de suivre l'évolution. Les seuils de sévérité sont à vérifier sur la source officielle.
•Tests de la surface oculaire, en général à réaliser dans cet ordre pour limiter les interférences :
–temps de rupture du film lacrymal (BUT) après instillation de fluorescéine. Une rupture rapide traduit une instabilité lacrymale, et le seuil usuel est à vérifier selon la méthode.
–coloration à la fluorescéine de la cornée et à la lissamine verte de la conjonctive, pour évaluer l'atteinte épithéliale
–test de Schirmer, qui évalue la sécrétion lacrymale aqueuse, avec ou sans anesthésie selon le protocole
–examen des paupières et des glandes de Meibomius (expression, qualité de la sécrétion)
•Diagnostic différentiel à garder en tête : conjonctivite allergique ou infectieuse, blépharite, kératite infectieuse ou herpétique, effets toxiques des collyres, anomalies de l'occlusion palpébrale.
•Bilan étiologique à discuter selon le contexte : recherche d'un syndrome de Sjögren (en lien avec la médecine interne ou la rhumatologie) devant une sécheresse sévère, précoce ou associée à une sécheresse buccale ou à des signes systémiques.

Prise en charge

•Principe : une approche étagée, adaptée à la sévérité et au mécanisme prédominant, avec réévaluation régulière.
•Étape 1, mesures de base :
–information du patient sur la chronicité de l'affection
–aménagement de l'environnement (humidité, flux d'air, pauses lors du travail sur écran, clignements complets)
–révision des médicaments aggravants lorsque c'est possible, en lien avec le prescripteur
•Étape 2, substituts lacrymaux :
–larmes artificielles, de préférence sans conservateur (unidoses ou flacons à système de protection) en cas d'usage fréquent ou de surface fragile
–gels ou pommades le soir, qui peuvent gêner la vision
–le choix entre hyaluronate, carbomère ou autres excipients est essentiellement empirique
–les modalités de remboursement sont variables selon les spécialités : à vérifier sur Ameli et la BDPM
•Hygiène palpébrale en cas de dysfonction meibomienne : compresses tièdes et massage des paupières, nettoyage du bord libre. Des traitements complémentaires (antibiotiques à visée anti-inflammatoire, procédures instrumentales) relèvent de l'avis spécialisé.
•Étape 3, atteinte modérée à sévère, sous suivi ophtalmologique :
–ciclosporine en collyre, dont l'indication d'AMM concerne les kératites sévères de la sécheresse oculaire de l'adulte non améliorées par les substituts lacrymaux (RCP à consulter dans la BDPM)
–corticoïdes topiques en cure courte et surveillée, avec attention à la pression intraoculaire
–bouchons méatiques
–sérum autologue, avec cadre réglementaire à vérifier
–lentilles sclérales ou de contact thérapeutiques
•Les compléments en acides gras oméga-3 ont des résultats discordants dans la littérature : place à vérifier dans les recommandations de la SFO.
•Suivi : réévaluation des symptômes (OSDI) et des signes cliniques, tolérance des traitements, observance.

Signes d'alerte et quand orienter

•Orientation ophtalmologique rapide, voire urgente, devant :
–douleur oculaire intense ou croissante
–baisse d'acuité visuelle
–photophobie marquée
–œil rouge unilatéral
–sécrétions purulentes
•Suspicion de kératite infectieuse ou d'ulcère, notamment chez un porteur de lentilles, ou de kératite herpétique ou zostérienne.
•Atteinte cornéenne à la coloration, érosion persistante, amincissement ou suspicion de perforation.
•Absence d'amélioration après un traitement symptomatique bien conduit.
•Suspicion de maladie systémique (syndrome de Sjögren, connectivite) : bilan spécialisé en médecine interne ou en rhumatologie.
•Sécheresse apparue après chirurgie oculaire, irradiation, greffe ou en lien avec une pathologie des paupières.

Questions fréquentes

Quels tests simples permettent d'objectiver une sécheresse oculaire en consultation ?

Les tests usuels sont le questionnaire OSDI, le temps de rupture du film lacrymal (BUT), la coloration cornéenne à la fluorescéine et conjonctivale à la lissamine verte, et le test de Schirmer. Les seuils diagnostiques varient selon les critères utilisés : à vérifier dans le rapport SFO 2015 et le rapport TFOS DEWS II.

Faut-il privilégier les larmes artificielles sans conservateur ?

Les conservateurs, comme le chlorure de benzalkonium, peuvent être toxiques pour la surface oculaire en cas d'usage fréquent. Les présentations sans conservateur sont généralement préférées en utilisation répétée ou en cas d'atteinte marquée. Le détail est à vérifier dans le rapport SFO et dans les RCP de la BDPM.

Quand envisager un traitement anti-inflammatoire ?

Il est envisagé en cas d'atteinte modérée à sévère, notamment de kératite, non soulagée par les substituts lacrymaux et l'hygiène palpébrale. Il est prescrit sous suivi ophtalmologique. L'AMM de la ciclosporine en collyre est à vérifier dans la BDPM.

Quand rechercher un syndrome de Sjögren devant une sécheresse oculaire ?

Il faut y penser devant une sécheresse sévère ou précoce, associée à une sécheresse buccale, des douleurs articulaires ou d'autres signes auto-immuns. Le bilan est alors réalisé avec les spécialistes concernés, selon les critères de classification en vigueur à vérifier auprès des sociétés savantes.

Sources

  1. 1. Société française d'ophtalmologie. Surface oculaire. Rapport SFO 2015. Paris : Elsevier Masson ; 2015.
  2. 2. Craig JP, Nichols KK, Akpek EK, Caffery B, Dua HS, Joo CK, et al. TFOS DEWS II Definition and Classification Report. Ocul Surf. 2017;15(3):276-283.
  3. 3. Wolffsohn JS, Arita R, Chalmers R, Djalilian A, Dogru M, Dumbleton K, et al. TFOS DEWS II Diagnostic Methodology report. Ocul Surf. 2017;15(3):539-574.
  4. 4. Base de données publique des médicaments (ANSM, HAS, Assurance Maladie). Résumés des caractéristiques du produit des collyres et substituts lacrymaux. base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr ; consultée en 2025.
  5. 5. Haute Autorité de santé. Avis de la Commission de la transparence relatifs aux collyres indiqués dans la sécheresse oculaire. has-sante.fr ; consultés en 2025.
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