Ophtalmologie 6 min de lecture· 7 novembre 2026

Conjonctivite aiguë : différencier virale, bactérienne, allergique

Synthèse documentaire pour les professionnels de santé : critères cliniques orientant vers une conjonctivite virale, bactérienne ou allergique, prise en charge de première ligne et situations nécessitant un avis ophtalmologique.

Par L'équipe médicale Hippocrate MG

Synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé. Ne constitue pas un avis médical personnalisé ni un dispositif médical. Référez-vous aux sources officielles citées.

Points clés

  • ✓La conjonctivite aiguë est le plus souvent virale et spontanément résolutive.
  • ✓Le caractère des sécrétions, le prurit et le contexte orientent l'étiologie, sans certitude clinique absolue.
  • ✓L'antibiothérapie locale est réservée aux formes purulentes évocatrices d'une cause bactérienne.
  • ✓Une baisse d'acuité visuelle, une douleur oculaire ou une photophobie doivent faire éliminer une atteinte cornéenne ou une autre cause d'œil rouge.
  • ✓Les collyres corticoïdes ne doivent pas être prescrits en première intention sans avis ophtalmologique.

En bref

•La conjonctivite aiguë est une inflammation de la conjonctive, motif fréquent de consultation en soins primaires.
•Trois grands cadres : virale (la plus fréquente, notamment adénovirus), bactérienne, allergique.
•Le diagnostic est clinique ; aucun examen complémentaire n'est habituellement nécessaire en première intention.
•L'enjeu principal est d'éliminer un diagnostic différentiel plus grave d'œil rouge (kératite, uvéite, glaucome aigu par fermeture de l'angle).
•Les données ci-dessous sont une synthèse documentaire, à confronter aux référentiels officiels cités en fin de fiche.

Reconnaître : signes cliniques selon la cause

Conjonctivite virale :

•Sécrétions aqueuses ou séromuqueuses, larmoiement, sensation de corps étranger.
•Début souvent unilatéral puis atteinte de l'autre œil possible à quelques jours d'intervalle.
•Adénopathie prééauriculaire fréquente, contexte de rhinopharyngite ou contage récent.
•Forte contagiosité, notamment par les mains et les objets partagés.

Conjonctivite bactérienne :

•Sécrétions purulentes (jaunâtres ou verdâtres), paupières collées au réveil.
•Hyperhémie conjonctivale diffuse, prurit peu marqué.
•Atteinte uni ou bilatérale ; formes plus fréquentes chez l'enfant.

Conjonctivite allergique :

•Prurit oculaire au premier plan, bilatéral, larmoiement clair.
•Œdème palpébral, chémosis, papilles conjonctivales possibles.
•Contexte atopique, rhinite associée, caractère saisonnier ou lié à une exposition (pollens, acariens, animaux).
•Absence de fièvre et d'adénopathie.

Aucun signe isolé n'est parfaitement discriminant : l'évaluation repose sur le faisceau d'arguments.

Démarche diagnostique

•Interrogatoire : date de début, uni ou bilatéralité, nature des sécrétions, prurit, douleur, photophobie, baisse de vision, contage, terrain atopique, port de lentilles, traumatisme, chirurgie oculaire récente, immunodépression.
•Examen : acuité visuelle, aspect de l'hyperhémie (diffuse ou péri-kératique), cornée, réflexes pupillaires, éversion palpébrale si suspicion de corps étranger, recherche d'adénopathie prééauriculaire, lésions cutanées péri-oculaires (vésicules).
•Éliminer un œil rouge « à risque » : douleur profonde, photophobie, baisse d'acuité visuelle, cercle péri-kératique, anomalie pupillaire ou cornéenne.
•Prélèvement conjonctival : non systématique, à discuter dans les formes sévères, récidivantes, néonatales ou rebelles au traitement, selon avis spécialisé.
•Le test à la fluorescéine relève de l'examen ophtalmologique en cas de doute sur une atteinte cornéenne.

Prise en charge

Mesures communes :

•Lavage régulier des yeux au sérum physiologique, nettoyage des sécrétions avec compresse à usage unique.
•Mesures d'hygiène : lavage des mains, linge et serviette personnels, éviter de toucher ou frotter les yeux, ne pas partager les objets de toilette.
•Arrêt du port de lentilles jusqu'à guérison.

Forme virale :

•Traitement symptomatique ; évolution le plus souvent spontanément favorable.
•Pas d'antibiotique en l'absence de signe de surinfection bactérienne.
•Informer sur la contagiosité et sur les signes devant motiver un nouvel avis.

Forme bactérienne :

•Antibiothérapie locale (collyre ou pommade) discutée devant des sécrétions purulentes ; molécule et durée à vérifier sur Antibioclic/SPILF et le Vidal.
•Réévaluer en l'absence d'amélioration dans les délais indiqués par le référentiel.

Forme allergique :

•Éviction de l'allergène quand elle est possible, compresses froides, larmes artificielles.
•Collyres antihistaminiques ou anti-dégranulants selon les référentiels et l'intensité des symptômes (spécialités et indications à vérifier sur la BDPM).
•Formes sévères, persistantes ou récidivantes : avis ophtalmologique et allergologique.

Point de vigilance :

•Éviter les collyres corticoïdes ou associations corticoïde-antibiotique sans avis spécialisé (risque de masquer ou d'aggraver une kératite, notamment herpétique).

Signes d'alerte et orientation

Orienter rapidement vers l'ophtalmologiste (urgence selon la gravité) en présence de :

•Baisse d'acuité visuelle, vision floue persistante.
•Douleur oculaire intense ou profonde, photophobie marquée.
•Cercle péri-kératique, opacité ou ulcération cornéenne, anomalie pupillaire.
•Vésicules péri-orbitaires ou atteinte du territoire du nerf ophtalmique (suspicion de zona ophtalmique ou d'herpès).
•Port de lentilles avec œil rouge douloureux.
•Traumatisme, corps étranger, projection chimique (lavage abondant immédiat et urgence).
•Nouveau-né (ophtalmie néonatale) ou patient immunodéprimé.
•Absence d'amélioration ou aggravation sous traitement, récidives fréquentes.
•Suspicion de glaucome aigu (œil rouge douloureux, céphalées, nausées, halos colorés).

Questions fréquentes

Comment différencier cliniquement une conjonctivite virale d'une conjonctivite bactérienne ?

Les sécrétions aqueuses, l'adénopathie prééauriculaire et le contexte ORL orientent vers une cause virale ; les sécrétions purulentes avec paupières collées au réveil évoquent une cause bactérienne. La distinction n'est pas absolue, d'où l'intérêt de se référer à Antibioclic/SPILF et aux référentiels des Collèges d'ophtalmologie.

Un antibiotique local est-il systématique en cas de conjonctivite aiguë ?

Non. La forme virale ne justifie pas d'antibiotique et la plupart des formes bactériennes simples guérissent spontanément ; l'antibiothérapie locale est discutée surtout devant des sécrétions purulentes. Les modalités sont à vérifier sur Antibioclic/SPILF.

Quelles mesures de prévention de la transmission rappeler ?

Lavage des mains fréquent, usage de linge et de mouchoirs personnels à usage unique, absence de partage de cosmétiques ou de collyres, arrêt des lentilles. Les règles d'éviction scolaire ou collective sont à vérifier auprès des sources officielles (Assurance Maladie, autorités sanitaires).

Quand les corticoïdes locaux sont-ils envisageables ?

Uniquement sur avis ophtalmologique, après avoir écarté une atteinte cornéenne ou herpétique. Leur prescription en première intention en soins primaires est à éviter.

Sources

  1. 1. Collège des Ophtalmologistes Universitaires de France (COUF). Ophtalmologie : référentiel pour l'enseignement, item Œil rouge et/ou douloureux. Elsevier Masson ; édition en vigueur, consultée en 2025 (année d'édition à vérifier).
  2. 2. Société Française d'Ophtalmologie (SFO). Rapports et recommandations sur les pathologies de la surface oculaire et de la conjonctive. Consulté en 2025 (à vérifier sur la source officielle).
  3. 3. SPILF, Antibioclic. Fiche Conjonctivite aiguë : conseils de prescription antibiotique en soins primaires. Consulté en 2025.
  4. 4. Assurance Maladie (Ameli). Conjonctivite : symptômes, évolution et prévention de la transmission. Consulté en 2025.
  5. 5. Base de données publique des médicaments (BDPM) et Vidal. Collyres antibiotiques, antihistaminiques et corticoïdes : indications, contre-indications, RCP. Consulté en 2025.
  6. 6. Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Informations de sécurité relatives aux collyres. Consulté en 2025 (à vérifier sur la source officielle).
Restez à jour

Recevez les nouvelles fiches documentaires

Une sélection de synthèses sourcées pour votre pratique. Pas de spam, désinscription en un clic.

En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir nos communications. Réservé aux professionnels de santé.

Gagnez du temps en consultation

Fiche diagnostic, cotation CCAM, scores cliniques et recherche médicale sourcée — l'assistant documentaire des médecins.

Accéder à Hippocrate MG

Contenu documentaire destiné aux professionnels de santé. Il ne constitue pas un dispositif médical, ni un avis médical personnalisé, et ne remplace pas une consultation. Vérifiez toujours les informations sur les sources officielles citées.