Dermatologie 6 min de lecture· 7 novembre 2026

Dermatophytoses : diagnostic et traitement antifongique en pratique

Fiche documentaire à destination des professionnels de santé sur les mycoses cutanées à dermatophytes : signes cliniques, confirmation mycologique et principes du traitement antifongique local ou systémique.

Par L'équipe médicale Hippocrate MG

Synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé. Ne constitue pas un avis médical personnalisé ni un dispositif médical. Référez-vous aux sources officielles citées.

Points clés

  • ✓Les dermatophytoses regroupent teignes, atteintes de la peau glabre, des plis, des pieds (intertrigo) et des ongles (onychomycoses).
  • ✓Une confirmation mycologique (examen direct et culture) est recommandée avant tout traitement systémique, en particulier pour les onychomycoses et les teignes.
  • ✓Les formes localisées de la peau glabre relèvent d'un antifongique topique ; les teignes, les formes étendues ou étendues aux phanères relèvent en général d'un traitement systémique.
  • ✓Les corticoïdes topiques sont à éviter sur une lésion suspecte de mycose (aspect trompeur, ou tinea incognito).
  • ✓Le traitement systémique impose de vérifier les contre-indications, les interactions médicamenteuses et la surveillance prévue par le RCP.

En bref

•Les dermatophytoses sont des infections fongiques superficielles de la kératine (peau, cheveux et poils, ongles), dues à des champignons des genres Trichophyton, Microsporum et Epidermophyton.
•Les sources de contamination sont interhumaines, animales (chats, chiens, rongeurs, bovins) ou telluriques, selon l'espèce en cause.
•Les formes cliniques principales : teignes du cuir chevelu, herpès circiné (tinea corporis), atteinte des grands plis (tinea cruris), intertrigo des orteils (pied d'athlète) et onychomycoses.
•L'enjeu de la prise en charge est triple : confirmer le diagnostic, choisir la voie d'administration (locale ou systémique) et traiter la source et l'entourage lorsque cela est indiqué.
•Les données chiffrées précises (durées, posologies) sont à vérifier dans le RCP (Base de données publique des médicaments) et dans les recommandations de sociétés savantes.

Reconnaître : signes cliniques

•Peau glabre (herpès circiné) : lésion arrondie ou annulaire, bord périphérique érythémato-squameux, vésiculeux ou pustuleux, avec guérison centrale partielle et extension centrifuge.
•Grands plis (inguinal) : placard érythémato-squameux à bordure nette, prurigineux, souvent d'extension en périphérie.
•Pieds : intertrigo des espaces interdigitaux (fissure, macération, desquamation) ou forme squameuse plantaire en mocassin.
•Ongles : onychomycose avec hyperkératose sous-unguéale, onycholyse, coloration jaunâtre ou blanchâtre, épaississement de la tablette. Elle s'associe fréquemment à une atteinte des pieds.
•Cuir chevelu (teignes) : formes tondantes (plaques d'alopécie squameuses avec cheveux cassés) ou formes inflammatoires (kérion, avec risque d'alopécie cicatricielle). Elles touchent principalement l'enfant.
•Diagnostics différentiels à garder en tête :
–eczéma nummulaire, psoriasis, dermatite séborrhéique ;
–pityriasis rosé, pityriasis versicolor, candidose des plis, érythrasma ;
–lichen, lupus érythémateux discoïde (cuir chevelu) ;
–pour l'ongle : psoriasis unguéal, lichen, traumatisme, onychodystrophies.
•Une lésion déjà traitée par corticoïde local peut perdre son bord actif et prendre un aspect atypique (tinea incognito).

Démarche diagnostique

•Le diagnostic clinique seul est souvent insuffisant : une confirmation mycologique est recommandée dans les formes atypiques, étendues ou récidivantes, avant tout traitement systémique, et systématiquement pour les onychomycoses et les teignes.
•Prélèvement mycologique :
–squames prélevées en périphérie de la lésion (à la curette ou au scalpel) ;
–ongle : fragments de tablette et débris sous-unguéaux de la zone atteinte, au plus près de la partie saine ;
–cuir chevelu : cheveux parasités, squames, croûtes, éventuellement lampe de Wood (fluorescence variable selon l'espèce).
•Respecter le délai d'arrêt préalable des antifongiques locaux ou systémiques, selon les consignes du laboratoire de mycologie (délai exact à vérifier auprès du laboratoire).
•Examen direct (filaments mycéliens) puis culture pour identification de l'espèce. La culture demande plusieurs semaines : ne pas retarder indûment un traitement jugé nécessaire en cas de kérion, mais prélever avant.
•Rechercher un facteur favorisant : diabète, immunodépression, insuffisance veineuse, hyperhidrose, port de chaussures occlusives, fréquentation de piscines ou de salles de sport, contact animalier.
•Dans les teignes, rechercher la source (animal de compagnie, élevage) et dépister l'entourage.

Prise en charge

•Principes généraux : traiter la lésion, la source et les facteurs favorisants. Éviter les corticoïdes topiques sur une lésion suspecte de mycose.
•Peau glabre et plis, formes localisées :
–antifongique topique (imidazolés, terbinafine, ciclopirox, par exemple) en application locale, sur la lésion et sa périphérie ;
–la durée de traitement varie selon la molécule et la forme galénique : à vérifier dans le RCP.
•Intertrigo des pieds : topique antifongique, hygiène (séchage des espaces interdigitaux, chaussettes en matières respirantes, désinfection des chaussures), traitement simultané des autres sites atteints.
•Formes étendues, résistantes, récidivantes, ou chez un patient immunodéprimé : traitement systémique à discuter, avec avis spécialisé si besoin (par exemple terbinafine ou itraconazole ; choix, posologie et durée selon RCP).
•Onychomycoses :
–confirmation mycologique préalable ;
–atteinte limitée (nombre d'ongles et surface atteinte restreints, matrice épargnée) : vernis antifongique (amorolfine, ciclopirox) envisageable, avec réévaluation ;
–atteinte plus étendue ou matricielle : traitement oral (terbinafine en première intention dans la plupart des situations), parfois associé à un traitement local ou à une abrasion de la tablette ;
–la durée est longue (de l'ordre de plusieurs mois) ; l'évaluation du résultat est tardive, car la repousse unguéale est lente.
•Teignes :
–traitement systémique obligatoire, associé à un topique et à des shampooings antifongiques ;
–le choix de la molécule (griséofulvine, terbinafine) dépend de l'espèce (Microsporum ou Trichophyton), de l'âge et de la disponibilité, selon le RCP et l'avis spécialisé ;
–dépistage et traitement de l'entourage et de la source animale ; désinfection des objets (peignes, brosses, bonnets) ;
–mesures d'éviction en collectivité à vérifier dans les textes du Haut Conseil de la santé publique.
•Sécurité du traitement systémique :
–vérifier les contre-indications et les interactions médicamenteuses (itraconazole, notamment, avec de nombreuses interactions) ;
–la terbinafine peut être associée à une hépatotoxicité et à des troubles du goût ; la surveillance biologique est à vérifier dans le RCP ;
–grossesse et allaitement : privilégier les topiques ; consulter le CRAT pour toute voie systémique.

Signes d'alerte et orientation

•Orienter vers un dermatologue ou un mycologue dans les situations suivantes :
–doute diagnostique, échec d'un traitement bien conduit ou récidives fréquentes ;
–kérion, alopécie cicatricielle ou teigne de l'enfant (avis spécialisé recommandé) ;
–lésions étendues, folliculites profondes (granulome de Majocchi), suspicion de dermatophytie profonde ;
–onychomycose avec atteinte matricielle importante, ou chez un patient diabétique ou artéritique.
•Sujets à risque justifiant une vigilance particulière : immunodépression, diabète, insuffisance veineuse, lymphœdème (risque de surinfection bactérienne, érysipèle).
•Signes de surinfection bactérienne : douleur, chaleur, suintement purulent, fièvre. Ils imposent une réévaluation clinique rapide.
•Effets indésirables sous traitement systémique : ictère, urines foncées, asthénie intense, éruption cutanée sévère ou fièvre. Ils conduisent à interrompre le traitement et à réévaluer sans délai, selon le RCP.
•Déclarer tout effet indésirable grave au centre régional de pharmacovigilance (ANSM).

Questions fréquentes

Faut-il toujours confirmer une mycose cutanée par un prélèvement ?

Pas pour une lésion typique et localisée traitée par un topique, mais le prélèvement mycologique (examen direct et culture) est recommandé en cas de forme atypique ou étendue, et avant tout traitement systémique. Il est systématique pour les onychomycoses et les teignes (sources : CEDEF, sociétés savantes de dermatologie et de mycologie ; modalités à vérifier auprès du laboratoire).

Peut-on utiliser un dermocorticoïde sur une suspicion de mycose ?

Il est déconseillé d'appliquer un corticoïde topique seul sur une lésion suspecte de dermatophytose : il peut masquer les signes cliniques (tinea incognito) et favoriser l'extension. Se référer aux RCP des spécialités (Base de données publique des médicaments).

Quand un traitement antifongique oral est-il indiqué ?

En général pour les teignes, les formes étendues ou résistantes au traitement local, les atteintes unguéales étendues ou matricielles, et les patients immunodéprimés. Le choix de la molécule, la posologie, la durée et la surveillance sont à vérifier dans le RCP et les recommandations de la Société française de dermatologie.

Quelle conduite à tenir pour l'entourage en cas de teigne ?

Rechercher la source (animal, entourage), dépister et traiter les sujets atteints, appliquer des mesures d'hygiène et de désinfection des objets personnels. Les conditions d'éviction scolaire sont précisées par le Haut Conseil de la santé publique (à vérifier sur la source officielle).

Sources

  1. 1. Base de données publique des médicaments (Ministère chargé de la Santé, ANSM, HAS). Résumés des caractéristiques du produit des antifongiques à usage cutané et systémique (terbinafine, itraconazole, griséofulvine, imidazolés, amorolfine, ciclopirox). Mise à jour continue, consulté 2025. Disponible sur : base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr
  2. 2. Collège des enseignants de dermatologie de France (CEDEF). Dermatologie : infections cutanéo-muqueuses bactériennes et mycosiques. Référentiel pour l'enseignement (ECN/EDN). Édition en vigueur, consultée 2025.
  3. 3. Société française de dermatologie. Recommandations et fiches pratiques sur les mycoses superficielles. Consulté 2025. Disponible sur : sfdermato.org
  4. 4. Société française de mycologie médicale. Documents de référence sur le diagnostic mycologique des dermatophytoses. Consulté 2025.
  5. 5. Haut Conseil de la santé publique. Guide des conduites à tenir en cas de maladie transmissible dans une collectivité d'enfants (rubrique teignes). 2012.
  6. 6. Centre de Référence sur les Agents Tératogènes (CRAT). Fiches par agent : antifongiques et grossesse / allaitement. Consulté 2025. Disponible sur : lecrat.fr
  7. 7. Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Informations de sécurité sur les antifongiques et déclaration des effets indésirables. Consulté 2025. Disponible sur : ansm.sante.fr
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