ORL 6 min de lecture· 7 novembre 2026

Sinusite aiguë de l'adulte : diagnostic et antibiothérapie

Synthèse documentaire sur le diagnostic clinique de la sinusite aiguë de l'adulte et sur les situations où une antibiothérapie est discutée, selon les référentiels français (HAS, SPILF, ANSM).

Par L'équipe médicale Hippocrate MG

Synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé. Ne constitue pas un avis médical personnalisé ni un dispositif médical. Référez-vous aux sources officielles citées.

Points clés

  • ✓La très grande majorité des rhinosinusites aiguës de l'adulte sont d'origine virale et guérissent sans antibiotique.
  • ✓Le diagnostic de sinusite maxillaire bactérienne est clinique : unilatéralité, douleur infraorbitaire, rhinorrhée purulente, persistance ou aggravation.
  • ✓L'imagerie systématique n'est pas recommandée en l'absence de complication ou d'échec.
  • ✓Toute localisation frontale, ethmoïdale ou sphénoïdale, ou tout signe orbitaire ou neurologique, impose une orientation spécialisée urgente.
  • ✓Posologies et durées : se référer aux sources officielles (HAS, SPILF/Antibioclic).

En bref

•La rhinosinusite aiguë est une inflammation de la muqueuse nasale et sinusienne de durée inférieure à 4 semaines, le plus souvent consécutive à une rhinopharyngite virale.
•Les formes bactériennes sont minoritaires et concernent surtout le sinus maxillaire.
•Les référentiels français visent à limiter la prescription d'antibiotiques aux formes probablement bactériennes, avec critères cliniques de sélection.
•Une origine dentaire doit être évoquée devant une sinusite maxillaire unilatérale, notamment si elle est récidivante ou fétide.
•Cette fiche est une synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé. Elle ne remplace ni le jugement clinique ni les sources officielles.

Reconnaître : signes cliniques

•Rhinosinusite virale (forme la plus fréquente) : obstruction nasale, rhinorrhée claire puis éventuellement purulente, éternuements, céphalées frontales ou faciales modérées, fièvre modérée et brève, évolution généralement favorable en moins de 7 à 10 jours.
•Sinusite maxillaire aiguë d'origine bactérienne, éléments évocateurs classiquement retenus :
–douleur infraorbitaire unilatérale, parfois pulsatile, majorée en antéflexion de la tête ou en fin de journée et la nuit
–rhinorrhée et mouchage purulents unilatéraux
–persistance des symptômes au-delà d'une dizaine de jours, ou réaggravation après une amélioration initiale
–absence d'amélioration sous traitement symptomatique
•Le caractère purulent de la rhinorrhée seul ne suffit pas à affirmer une surinfection bactérienne.
•Autres localisations : sinusite frontale (céphalée sus-orbitaire), ethmoïdale (douleur rétro-orbitaire, œdème palpébral), sphénoïdale (céphalée profonde, rétro-orbitaire ou du vertex). Elles exposent davantage aux complications.
•Les critères précis de sélection pour l'antibiothérapie sont à vérifier dans le référentiel officiel.

Démarche diagnostique

•Le diagnostic est clinique : interrogatoire (ancienneté, chronologie, unilatéralité, fièvre, antécédents dentaires, terrain) et examen ORL et facial.
•Rechercher à l'examen : œdème ou rougeur périorbitaire, trouble de la motilité oculaire, exophtalmie, troubles visuels, raideur de nuque, signes neurologiques.
•Évaluer une cause dentaire : dent causale, soins ou extraction récents, douleur à la percussion, mauvaise haleine unilatérale.
•Imagerie : pas de radiographie des sinus ni de scanner systématiques dans une forme non compliquée. Le scanner est réservé aux suspicions de complication, aux formes frontales, ethmoïdales ou sphénoïdales, ou aux échecs thérapeutiques, selon avis spécialisé.
•Prélèvement bactériologique : non systématique en ville. Il relève du spécialiste ORL dans les formes compliquées ou en échec.
•Diagnostics différentiels : algie faciale vasculaire, névralgie du trijumeau, rhinite allergique, origine dentaire, pathologie tumorale en cas de symptômes unilatéraux persistants, épistaxis ou déformation faciale.

Prise en charge

•Rhinosinusite aiguë probablement virale :
–pas d'antibiothérapie
–lavages nasaux au sérum physiologique, antalgique et antipyrétique adapté (paracétamol en première intention)
–information sur l'évolution attendue et sur les critères de réévaluation
•Sinusite maxillaire aiguë bactérienne probable (selon critères cliniques) : une antibiothérapie par voie générale peut être discutée.
–Les référentiels français (Afssaps/ANSM 2011, HAS 2021, SPILF/Antibioclic) précisent la molécule de première intention, les alternatives en cas d'allergie et la durée.
–L'association amoxicilline-acide clavulanique est classiquement citée en première intention, à vérifier sur la source officielle, ainsi que les posologies et la durée.
–En cas d'allergie aux pénicillines, le choix dépend du type d'allergie : consulter le référentiel (céphalosporines orales, pristinamycine ou autre alternative).
–Les fluoroquinolones sont soumises à des restrictions de l'ANSM. Elles ne doivent pas être utilisées en première intention dans la sinusite aiguë lorsque d'autres antibiotiques sont possibles.
•Évaluation de l'efficacité : réévaluation clinique à 48-72 heures. En cas d'échec, réévaluer le diagnostic (cause dentaire, localisation autre, complication) et envisager l'avis ORL.
•Traitements adjuvants : les recommandations françaises ne retiennent pas de place pour les AINS ni pour les corticoïdes par voie générale dans cette indication, à vérifier dans le référentiel. Les vasoconstricteurs (notamment la pseudoéphédrine) font l'objet de mises en garde de l'ANSM en raison d'effets indésirables vasculaires et neurologiques graves : consulter les informations de sécurité en vigueur.
•Si l'origine est dentaire, le traitement de la cause dentaire est indispensable, en lien avec un chirurgien-dentiste.

Signes d'alerte : quand orienter

•Orientation urgente (hospitalière ou ORL) devant :
–œdème palpébral ou périorbitaire, rougeur, douleur à la mobilisation oculaire, diplopie, exophtalmie, baisse d'acuité visuelle
–céphalée intense et rebelle, fièvre élevée mal tolérée, raideur méningée, troubles de conscience, signes neurologiques focaux
–tuméfaction frontale (évocatrice d'une ostéite)
•Orientation vers l'ORL : échec d'une antibiothérapie bien conduite, sinusites récidivantes ou prolongées (plus de 12 semaines : évoquer une rhinosinusite chronique), forme frontale, ethmoïdale ou sphénoïdale, symptômes unilatéraux persistants.
•Terrain à risque (immunodépression, diabète déséquilibré) : seuil d'orientation et de réévaluation abaissé, selon l'appréciation clinique.

Questions fréquentes

Faut-il prescrire un antibiotique devant une rhinorrhée purulente ?

Non, pas systématiquement. Une rhinorrhée purulente est fréquente dans les rhinosinusites virales et ne suffit pas à indiquer une antibiothérapie. Les référentiels français (Afssaps/ANSM 2011, HAS 2021) conditionnent la prescription à des critères cliniques de sinusite maxillaire bactérienne probable ou à la persistance des symptômes.

Un scanner des sinus est-il nécessaire pour confirmer une sinusite aiguë ?

Non en première intention. Le diagnostic est clinique. L'imagerie, en pratique le scanner, est réservée aux suspicions de complication, aux localisations autres que maxillaires, aux échecs thérapeutiques ou à un avis spécialisé.

Quand évoquer une origine dentaire ?

Devant une sinusite maxillaire unilatérale, récidivante ou malodorante, surtout après un soin ou une extraction dentaire. Une prise en charge dentaire est alors nécessaire en complément du traitement.

Quelle place pour les corticoïdes et les AINS ?

Les recommandations françaises ne les retiennent pas dans la sinusite aiguë de l'adulte. À vérifier dans le référentiel de la HAS ou de la SPILF et dans les informations de sécurité de l'ANSM.

Où trouver les posologies et durées à jour ?

Sur les sources officielles : fiches HAS sur le choix et les durées d'antibiothérapie, SPILF/Antibioclic, base publique des médicaments (BDPM) et Vidal. Cette fiche ne fournit volontairement pas de posologie.

Sources

  1. 1. Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps, devenue ANSM). Antibiothérapie par voie générale en pratique courante dans les infections respiratoires hautes de l'adulte et de l'enfant : recommandations de bonne pratique. 2011.
  2. 2. Haute Autorité de santé (HAS). Choix et durées d'antibiothérapie préconisées dans la prise en charge des infections bactériennes courantes : fiches mémo. 2021. Disponible sur : https://www.has-sante.fr
  3. 3. Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF). Antibioclic : conseil en antibiothérapie en soins primaires, rubrique ORL, sinusite aiguë de l'adulte. Version en ligne consultée en 2025. Disponible sur : https://antibioclic.com
  4. 4. Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Fluoroquinolones par voie systémique ou inhalée : restrictions d'utilisation. 2019. Disponible sur : https://ansm.sante.fr
  5. 5. Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Informations de sécurité sur les vasoconstricteurs de la sphère ORL (pseudoéphédrine). 2023. À vérifier sur la source officielle. Disponible sur : https://ansm.sante.fr
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Contenu documentaire destiné aux professionnels de santé. Il ne constitue pas un dispositif médical, ni un avis médical personnalisé, et ne remplace pas une consultation. Vérifiez toujours les informations sur les sources officielles citées.