Cardiologie 6 min de lecture· 7 novembre 2026

Insuffisance cardiaque chronique : repérer et prendre en charge en ville

Synthèse documentaire sur le repérage, la démarche diagnostique et la prise en charge de l'insuffisance cardiaque chronique en médecine générale, d'après les référentiels français et la société européenne de cardiologie.

Par L'équipe médicale Hippocrate MG

Synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé. Ne constitue pas un avis médical personnalisé ni un dispositif médical. Référez-vous aux sources officielles citées.

Points clés

  • ✓Le repérage repose sur la dyspnée, les œdèmes et la fatigue, associés aux facteurs de risque cardiovasculaires.
  • ✓Le dosage du BNP ou du NT-proBNP puis l'échocardiographie confirment le diagnostic et précisent la FEVG.
  • ✓En cas de FEVG réduite, le traitement associe IEC/ARA2 ou ARNI, bêtabloquant, antagoniste des récepteurs minéralocorticoïdes et iSGLT2.
  • ✓L'éducation thérapeutique, la coordination ville-hôpital et la surveillance biologique conditionnent le suivi.
  • ✓Toute décompensation ou aggravation rapide justifie une orientation urgente.

En bref

•L'insuffisance cardiaque chronique est un syndrome clinique : symptômes et signes typiques, liés à une anomalie cardiaque structurelle ou fonctionnelle.
•La classification de l'ESC 2021 se fonde sur la fraction d'éjection du ventricule gauche (FEVG) : réduite (≤ 40 %), modérément réduite (41 à 49 %) ou préservée (≥ 50 %).
•Le médecin généraliste intervient pour le repérage, la coordination, le suivi, la prévention des décompensations et l'éducation thérapeutique.
•Le parcours de soins associe médecin traitant, cardiologue, infirmier, pharmacien et, selon les cas, une structure de réadaptation cardiaque (cf. guide parcours de soins HAS).
•Cette fiche est une synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé. Elle ne remplace ni le jugement clinique ni les référentiels originaux.

Reconnaître : signes cliniques et situations à risque

•Symptômes : dyspnée d'effort puis de repos, orthopnée, dyspnée paroxystique nocturne, fatigue, intolérance à l'effort, prise de poids.
•Signes : œdèmes des membres inférieurs, turgescence jugulaire, crépitants pulmonaires, tachycardie, galop, hépatomégalie, épanchement pleural.
•Terrains à rechercher : hypertension artérielle, cardiopathie ischémique, valvulopathie, fibrillation atriale, diabète, obésité, cardiomyopathie, exposition à des cardiotoxiques (anthracyclines, alcool).
•Stade fonctionnel : classification NYHA (I à IV), à noter à chaque consultation pour suivre l'évolution.
•Facteurs de décompensation à rechercher : mauvaise observance, écart de régime, infection, trouble du rythme, ischémie, anémie, dysthyroïdie, insuffisance rénale.
•Médicaments à risque : les AINSnon sélectifs et les coxibs, certains antiarythmiques et les inhibiteurs calciques bradycardisants en cas de FEVG réduite. Vérifier sur la BDPM et les recommandations de l'ANSM.

Démarche diagnostique

•Interrogatoire et examen clinique complets : poids, pression artérielle, fréquence cardiaque, saturation en oxygène, auscultation, signes congestifs.
•ECG de repos : un ECG strictement normal rend le diagnostic peu probable (ESC 2021).
•Peptides natriurétiques : en situation non aiguë, un BNP < 35 pg/mL ou un NT-proBNP < 125 pg/mL rend le diagnostic improbable (ESC 2021). Les valeurs sont influencées par l'âge, la fonction rénale, la fibrillation atriale et l'obésité.
•Échocardiographie transthoracique : examen clé pour mesurer la FEVG, évaluer les valves, les cavités, la fonction diastolique et la pression pulmonaire.
•Bilan biologique initial : NFS, ionogramme, créatininémie et DFG, bilan hépatique, glycémie ou HbA1c, ferritine et coefficient de saturation de la transferrine, TSH.
•Recherche étiologique : cardiopathie ischémique (avis cardiologique pour les explorations), valvulopathies, hypertension, cardiomyopathies.
•Un premier diagnostic justifie en règle générale un avis cardiologique. Les modalités détaillées sont à vérifier dans le guide parcours de soins HAS.

Prise en charge

•Insuffisance cardiaque à FEVG réduite : quatre classes thérapeutiques à instaurer, avec titration progressive selon la tolérance (ESC 2021) :
–IEC (ou ARNI sacubitril/valsartan, ou ARA2 en cas d'intolérance aux IEC)
–bêtabloquant ayant l'AMM dans l'insuffisance cardiaque
–antagoniste des récepteurs minéralocorticoïdes
–inhibiteur du SGLT2 (dapagliflozine ou empagliflozine)
•FEVG préservée ou modérément réduite : la mise à jour ESC 2023 recommande un iSGLT2. Le traitement des comorbidités (hypertension, fibrillation atriale, obésité, diabète) est associé. Posologies et conditions de remboursement à vérifier sur la BDPM et le Vidal.
•Diurétiques de l'anse : à la dose minimale efficace pour contrôler la congestion. Ils améliorent les symptômes mais n'ont pas de bénéfice démontré sur la mortalité.
•Surveillance biologique : kaliémie et créatininémie avant, puis après instauration ou changement de dose d'un IEC, ARA2, ARNI ou ARM. Les seuils d'alerte sont à vérifier dans les RCP.
•Mesures non médicamenteuses : éducation thérapeutique, pesée quotidienne, activité physique adaptée, réadaptation cardiaque, arrêt du tabac, limitation de l'alcool, conseils nutritionnels.
•Vaccinations : grippe, COVID-19 et pneumocoque selon le calendrier vaccinal en vigueur.
•Dispositifs : un avis spécialisé est nécessaire pour discuter d'un défibrillateur, d'une resynchronisation ou d'un traitement de l'insuffisance mitrale.
•Coordination : plan de soins partagé, télésurveillance selon les dispositifs éligibles (à vérifier sur les sites de la HAS et de l'Assurance Maladie), prise en charge des comorbidités et des aspects psychosociaux.
•Suivi : consultation régulière avec évaluation de la classe NYHA, du poids, de la pression artérielle, de la fréquence cardiaque, des signes congestifs, de l'observance et de la biologie. Fréquence à adapter à la situation clinique.

Signes d'alerte et quand orienter

•Orientation urgente (appel du 15) : dyspnée de repos ou d'aggravation rapide, œdème aigu du poumon, douleur thoracique, syncope, hypotension symptomatique, trouble du rythme mal toléré, désaturation.
•Avis cardiologique rapide : prise de poids rapide ou aggravation des œdèmes malgré un ajustement diurétique (seuil de prise de poids à vérifier dans les documents d'éducation thérapeutique de référence), nouvelle fibrillation atriale, baisse de la FEVG.
•Avis spécialisé programmé : première évaluation, suspicion d'étiologie spécifique, FEVG ≤ 35 % persistante sous traitement optimal, valvulopathie sévère, insuffisance rénale évoluée ou hyperkaliémie récidivante.
•Soins palliatifs et fin de vie : à envisager en cas de stade avancé réfractaire, en lien avec l'équipe de cardiologie.

Questions fréquentes

Quand prescrire un dosage de BNP ou de NT-proBNP en soins primaires ?

Devant une dyspnée, des œdèmes ou une fatigue inexpliquée avec suspicion d'insuffisance cardiaque non aiguë. Des valeurs basses (BNP < 35 pg/mL, NT-proBNP < 125 pg/mL) rendent le diagnostic improbable selon l'ESC 2021. Des valeurs élevées imposent une échocardiographie. L'interprétation tient compte de l'âge, de la fonction rénale et de la fibrillation atriale.

Quels traitements sont recommandés en cas de FEVG réduite ?

Selon l'ESC 2021, l'association d'un IEC (ou ARNI), d'un bêtabloquant, d'un antagoniste des récepteurs minéralocorticoïdes et d'un iSGLT2, avec titration progressive. Les posologies, contre-indications et conditions de remboursement sont à vérifier dans la BDPM et le Vidal.

Les iSGLT2 concernent-ils aussi la FEVG préservée ?

Oui. La mise à jour ESC 2023 recommande un iSGLT2 en cas de FEVG modérément réduite ou préservée. Les molécules et indications précises sont à vérifier sur la BDPM et dans les avis de la HAS.

Quel rôle pour le médecin généraliste dans le suivi ?

Le guide parcours de soins de la HAS positionne le médecin traitant comme coordonnateur : suivi clinique et biologique, éducation thérapeutique, détection précoce des décompensations, gestion des comorbidités et orientation vers le cardiologue ou l'hôpital si nécessaire.

Sources

  1. 1. Haute Autorité de santé. Guide du parcours de soins : insuffisance cardiaque. Saint-Denis La Plaine : HAS ; 2014 (mises à jour éventuelles à vérifier sur has-sante.fr).
  2. 2. McDonagh TA, Metra M, Adamo M, Gardner RS, Baumbach A, Böhm M, et al. 2021 ESC Guidelines for the diagnosis and treatment of acute and chronic heart failure. Eur Heart J. 2021;42(36):3599-726.
  3. 3. McDonagh TA, Metra M, Adamo M, Gardner RS, Baumbach A, Böhm M, et al. 2023 Focused Update of the 2021 ESC Guidelines for the diagnosis and treatment of acute and chronic heart failure. Eur Heart J. 2023;44(37):3627-39.
  4. 4. Société française de cardiologie. Documents de référence et déclinaisons françaises des recommandations en insuffisance cardiaque. 2021 (à vérifier sur sfcardio.fr).
  5. 5. Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Base de données publique des médicaments : RCP et informations de sécurité. 2025 (base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr).
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