Rhumatologie 6 min de lecture· 7 novembre 2026

Gonarthrose : diagnostic et prise en charge de l'arthrose du genou

Synthèse documentaire à destination des professionnels de santé sur le diagnostic clinique et radiographique de la gonarthrose et sur sa prise en charge graduée, avec des repères pour orienter vers le spécialiste.

Par L'équipe médicale Hippocrate MG

Synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé. Ne constitue pas un avis médical personnalisé ni un dispositif médical. Référez-vous aux sources officielles citées.

Points clés

  • ✓Le diagnostic de gonarthrose est avant tout clinique : douleur mécanique et âge compatible suffisent dans la forme typique.
  • ✓La radiographie standard (appui, face, profil, incidence fémoro-patellaire) est l'examen de référence si une imagerie est utile. L'IRM n'est pas systématique.
  • ✓Le socle thérapeutique est non médicamenteux : éducation, exercice physique régulier, contrôle pondéral si surpoids ou obésité.
  • ✓Les traitements médicamenteux sont symptomatiques et doivent tenir compte du terrain (risques digestif, cardiovasculaire, rénal).
  • ✓Une chirurgie (ostéotomie, prothèse) se discute en cas d'échec du traitement médical bien conduit avec retentissement fonctionnel important.

En bref

•La gonarthrose est une atteinte dégénérative et inflammatoire intermittente du cartilage et de l'ensemble de l'articulation du genou (os sous-chondral, synoviale, ménisques).
•Elle touche les compartiments fémoro-tibial médial, latéral et/ou fémoro-patellaire. La forme fémoro-tibiale médiale est la plus fréquente.
•Facteurs de risque classiquement décrits : âge, surcharge pondérale, antécédents de traumatisme ou de chirurgie méniscale, désaxation (genu varum ou valgum), contraintes professionnelles ou sportives, terrain familial.
•L'évolution est variable et ne suit pas toujours une progression linéaire. La corrélation entre symptômes et lésions radiographiques est imparfaite.
•Cette fiche est une synthèse documentaire : elle ne remplace ni le jugement clinique ni la consultation des référentiels officiels.

Reconnaître la gonarthrose : signes cliniques

•Douleur de type mécanique : déclenchée par la marche, la montée et la descente des escaliers ou la station debout prolongée, soulagée par le repos.
•Dérouillage matinal bref, habituellement inférieur à 30 minutes (à rapprocher des rhumatismes inflammatoires, où il est plus prolongé).
•Possibles : gêne fonctionnelle, craquements, sensation d'instabilité, limitation de la flexion ou de l'extension.
•Poussées dites congestives : douleur de repos ou nocturne, épanchement articulaire, discrète chaleur locale.
•À l'examen : recherche d'un épanchement (choc rotulien), d'une douleur à la palpation de l'interligne, d'un déficit de mobilité, d'un déficit quadricipital, d'une déformation (varus, valgus, flessum), d'une amyotrophie.
•Examiner systématiquement la hanche (douleur référée au genou) et le rachis lombaire.
•Évaluer le retentissement : périmètre de marche, usage d'une aide technique, activité professionnelle, qualité de vie.

Démarche diagnostique

•Le diagnostic est clinique dans la forme typique (patient d'âge mûr, douleur mécanique, examen compatible). Aucun examen biologique n'est nécessaire en première intention.
•Radiographie standard si elle est utile à la décision : clichés bilatéraux en appui (face, profil, incidence fémoro-patellaire, éventuellement face en schuss) selon le Guide du bon usage des examens d'imagerie médicale.
•Signes radiographiques classiques : pincement de l'interligne, ostéophytes, condensation sous-chondrale, géodes.
•L'IRM n'est pas indiquée de façon systématique. Elle se discute en cas de doute diagnostique, de blocage mécanique, de suspicion d'ostéonécrose ou de lésion associée.
•Ponction articulaire avec analyse du liquide en cas d'épanchement atypique, de suspicion d'arthrite microcristalline ou septique.
•Diagnostic différentiel : chondrocalcinose et arthrite microcristalline, rhumatisme inflammatoire, lésion méniscale ou ligamentaire, ostéonécrose, tendinopathie ou bursite, coxopathie à projection genou, algodystrophie, arthrite septique.
•Les seuils de classification et les scores fonctionnels (par exemple l'indice de Lequesne ou le WOMAC) sont à consulter sur les sources officielles.

Prise en charge

•Principe général : prise en charge graduée, personnalisée, centrée sur la douleur et la fonction, en tenant compte des comorbidités et des préférences du patient.
•Mesures non médicamenteuses (socle du traitement) :
–éducation thérapeutique et information sur la nature chronique et fluctuante de la maladie ;
–activité physique régulière et adaptée, renforcement musculaire, exercices aérobies ;
–réduction pondérale en cas de surpoids ou d'obésité ;
–kinésithérapie, aides techniques (canne tenue du côté opposé), chaussage adapté.
•Traitements médicamenteux symptomatiques :
–paracétamol en première intention en cas de douleur légère à modérée, dans le respect des doses maximales, en gardant à l'esprit une efficacité modeste ;
–AINS topiques, en général bien tolérés au plan systémique ;
–AINS par voie orale à la dose minimale efficace et pour la durée la plus courte, après évaluation des risques digestif, cardiovasculaire et rénal (avis ANSM sur les AINS à consulter) ;
–opioïdes faibles : à réserver aux situations de recours, avec prudence en raison du rapport bénéfice-risque et du risque de dépendance (à vérifier sur les communications ANSM).
•Infiltrations intra-articulaires de corticoïdes : peuvent se discuter dans les poussées congestives ou en cas d'épanchement, avec un effet symptomatique transitoire. Elles nécessitent une asepsie rigoureuse et le respect de la fréquence recommandée (à vérifier).
•Viscosupplémentation (acide hyaluronique) et traitements symptomatiques d'action lente (chondroïtine, glucosamine, diacéréine) : intérêt limité et conditions de remboursement évolutives, à vérifier sur les avis HAS et sur la base du médicament.
•Chirurgie : à discuter en cas d'échec du traitement médical bien conduit, de douleur invalidante ou de retentissement fonctionnel important. Selon le profil, ostéotomie de réaxation (sujet jeune, désaxation) ou arthroplastie unicompartimentale ou totale. Les indications précises sont à vérifier sur les recommandations de la HAS et des sociétés savantes.
•Le lavage articulaire et le débridement arthroscopique ne sont en général pas recommandés dans la gonarthrose banale (à vérifier sur les sources officielles).

Signes d'alerte et quand orienter

•Genou chaud, rouge, très douloureux, avec fièvre ou altération de l'état général : éliminer sans délai une arthrite septique (ponction et avis spécialisé urgent).
•Début brutal ou post-traumatique, hémarthrose, impotence fonctionnelle complète.
•Blocage mécanique vrai ou instabilité marquée évoquant une lésion méniscale ou ligamentaire.
•Douleur nocturne ou de repos persistante, disproportionnée par rapport à l'imagerie : rechercher ostéonécrose, fracture de fatigue, atteinte inflammatoire ou tumorale.
•Atteinte inflammatoire ou microcristalline suspectée : avis rhumatologique.
•Orientation orthopédique : échec du traitement médical, douleur et handicap importants, désaxation significative, discussion d'une ostéotomie ou d'une prothèse.
•Orientation vers la rééducation ou la médecine physique en cas de limitation fonctionnelle marquée.

Questions fréquentes

Une IRM est-elle nécessaire pour confirmer une gonarthrose ?

Non, pas de façon systématique. Le diagnostic est clinique dans la forme typique et la radiographie standard en appui suffit le plus souvent lorsqu'une imagerie est utile. L'IRM se discute en cas de doute diagnostique ou de suspicion de lésion associée (guide du bon usage des examens d'imagerie, à vérifier sur la source officielle).

Quelle est la place de l'activité physique dans la gonarthrose ?

L'exercice régulier (renforcement musculaire, activité aérobie) fait partie du socle du traitement, de même que la réduction pondérale en cas de surpoids. Les modalités précises sont à adapter au patient et à vérifier dans les référentiels des sociétés savantes françaises.

Les infiltrations de corticoïdes sont-elles recommandées ?

Elles peuvent se discuter lors des poussées congestives ou en cas d'épanchement, avec un bénéfice généralement transitoire. Le rythme et les précautions sont à vérifier sur les recommandations officielles.

Quand envisager une prothèse de genou ?

Après échec d'un traitement médical bien conduit, en présence d'une douleur invalidante et d'un retentissement fonctionnel important avec atteinte radiographique concordante. La décision est partagée, avec avis orthopédique, et se réfère aux évaluations de la HAS.

Sources

  1. 1. Collège Français des Enseignants en Rhumatologie (COFER). Rhumatologie : référentiel pour la préparation des épreuves nationales, item Arthrose. Édition en vigueur (année à vérifier).
  2. 2. Haute Autorité de Santé, Société française de radiologie. Guide du bon usage des examens d'imagerie médicale. 2005.
  3. 3. Haute Autorité de Santé. Évaluation des prothèses du genou. Rapport d'évaluation. 2012.
  4. 4. Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) : informations de sécurité et rappels de bon usage. 2019.
  5. 5. Assurance Maladie (Ameli). Arthrose du genou : symptômes, diagnostic et traitements. Page d'information (date de mise à jour à vérifier sur ameli.fr).
  6. 6. Société Française de Rhumatologie (SFR). Recommandations et fiches de pratique sur la prise en charge de l'arthrose. Année à vérifier sur le site de la société savante.
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