Rhumatologie 6 min de lecture· 7 novembre 2026

Entorse de la cheville : critères d'Ottawa et prise en charge

Synthèse documentaire à destination des professionnels de santé sur l'évaluation d'un traumatisme de la cheville par les critères d'Ottawa, et sur la prise en charge fonctionnelle de l'entorse externe.

Par L'équipe médicale Hippocrate MG

Synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé. Ne constitue pas un avis médical personnalisé ni un dispositif médical. Référez-vous aux sources officielles citées.

Points clés

  • ✓L'entorse externe de la cheville est un traumatisme fréquent, le plus souvent bénin, mais elle doit faire éliminer une fracture.
  • ✓Les critères d'Ottawa sont une règle de décision clinique validée, très sensible, qui limite les radiographies inutiles.
  • ✓Le traitement est fonctionnel : protection, contention ou orthèse, remise en charge précoce selon la tolérance et rééducation proprioceptive.
  • ✓Les lésions associées (syndesmose, base du 5e métatarsien, Maisonneuve, tendon calcanéen) et l'évolution défavorable justifient une réévaluation.

En bref

•L'entorse de cheville est le plus souvent une atteinte du ligament collatéral latéral (faisceau talo-fibulaire antérieur en premier lieu), par mécanisme en inversion.
•Le premier enjeu est de distinguer l'entorse isolée d'une fracture ou d'une lésion associée.
•Les critères d'Ottawa (règle d'origine canadienne, largement utilisée en France et enseignée) guident l'indication de la radiographie.
•Le traitement de référence de l'entorse sans fracture est fonctionnel, avec reprise précoce de l'appui et rééducation.
•Cette fiche est une synthèse documentaire : elle ne remplace ni le jugement clinique ni les référentiels officiels, à consulter pour les données précises.

Reconnaître l'entorse : interrogatoire et examen

•Interrogatoire : mécanisme (inversion, éversion, torsion, choc direct), bruit ou sensation de craquement, capacité à poursuivre la marche, antécédents d'entorses, ancienneté du traumatisme.
•Inspection : œdème, ecchymose (souvent d'apparition secondaire), déformation, état cutané.
•Palpation systématique et comparative : malléole latérale (bord postérieur et pointe), malléole médiale, ligaments latéraux, syndesmose, base du 5e métatarsien, naviculaire, tendons fibulaires et tendon calcanéen, tête de la fibula.
•Évaluation de la mobilité et de la stabilité : tiroir antérieur et inclinaison talienne, de préférence à distance de la phase très douloureuse initiale (examen plus fiable après quelques jours selon les référentiels, à vérifier).
•Examen neurovasculaire : pouls distaux, sensibilité, motricité.
•Classification clinique usuelle en trois stades de gravité (bénigne, moyenne, sévère), fondée sur la douleur, l'œdème, l'impotence fonctionnelle et la laxité.

Démarche diagnostique : critères d'Ottawa

•Principe : la radiographie de la cheville ou du médio-pied n'est indiquée que si des critères cliniques précis sont présents.
•Radiographies de la cheville si douleur de la région malléolaire ET au moins un des éléments suivants :
–sensibilité osseuse à la palpation du bord postérieur ou de la pointe de la malléole latérale ;
–sensibilité osseuse à la palpation du bord postérieur ou de la pointe de la malléole médiale ;
–impossibilité de faire quatre pas consécutifs, immédiatement après le traumatisme et lors de l'examen.
•Radiographies du pied si douleur de la région du médio-pied ET au moins un des éléments suivants :
–sensibilité osseuse de la base du 5e métatarsien ;
–sensibilité osseuse de l'os naviculaire ;
–impossibilité de faire quatre pas consécutifs.
•Intérêt : sensibilité proche de 100 % pour les fractures cliniquement significatives dans les études de validation, avec réduction du nombre de clichés ; valeurs exactes à vérifier dans la littérature.
•Limites : règle validée principalement chez l'adulte ; son usage chez l'enfant, le sujet âgé, en cas de trouble de la sensibilité, d'intoxication, de lésions douloureuses distractives ou de polytraumatisme appelle un jugement clinique.
•Une règle négative n'exclut pas une lésion ligamentaire : elle écarte une fracture nécessitant une prise en charge spécifique.
•Imagerie complémentaire (échographie, scanner, IRM) : à discuter en cas de suspicion de lésion associée ou d'évolution défavorable, selon les référentiels de la SFR et de la HAS.

Prise en charge de l'entorse externe sans fracture

•Phase aiguë : protection relative, glaçage, élévation du membre, contention ; antalgiques selon l'intensité (paracétamol en première intention, à adapter).
•AINS : peuvent être discutés à la phase aiguë ; respecter les contre-indications et les mises en garde de l'ANSM (risque de complications infectieuses, rénales, digestives et cardiovasculaires, contre-indication à partir du 6e mois de grossesse). Voie topique possible. À vérifier sur la BDPM et le Vidal.
•Traitement fonctionnel : contention adhésive, bandage ou orthèse stabilisatrice (semi-rigide ou à laçage), avec autorisation de l'appui selon la tolérance. Il est privilégié par rapport à l'immobilisation plâtrée prolongée dans les formes bénignes et moyennes.
•Formes sévères : orthèse stabilisatrice renforcée, voire courte immobilisation ; l'indication chirurgicale d'emblée reste exceptionnelle et relève d'un avis spécialisé.
•Durée de contention : à adapter à la gravité et à l'évolution (durée précise à vérifier dans les recommandations).
•Rééducation : travail de la mobilité, du renforcement musculaire (fibulaires) et surtout de la proprioception, pour limiter le risque de récidive. Les recommandations de la HAS (ex-ANAES) sur la masso-kinésithérapie dans l'entorse externe de la cheville sont à consulter pour le contenu et le nombre de séances.
•Thromboprophylaxie : l'indication de l'HBPM en cas d'immobilisation du membre inférieur dépend du niveau de risque individuel ; à évaluer selon les référentiels en vigueur.
•Arrêt de travail et reprise du sport : à moduler selon la profession, la gravité et la récupération fonctionnelle.
•Information du patient : consignes de surveillance et conditions de réévaluation à transmettre par le professionnel.

Signes d'alerte et quand orienter

•Critères d'Ottawa positifs : radiographie, puis prise en charge de la fracture selon le résultat.
•Suspicion de lésion de la syndesmose (douleur antérolatérale haute, test de compression de la jambe douloureux) ou de fracture de Maisonneuve (douleur de la tête de la fibula ou du tiers proximal) : avis orthopédique.
•Suspicion de rupture du tendon calcanéen, de luxation des tendons fibulaires, de fracture du talus ou de lésion ostéochondrale : imagerie et avis spécialisé.
•Déficit neurovasculaire, plaie ouverte, déformation, luxation : urgence.
•Évolution défavorable : douleur ou impotence persistantes au-delà de quelques semaines (délai à vérifier), œdème persistant, blocage, instabilité ressentie ou entorses récidivantes. Orientation vers un avis rhumatologique, de médecine du sport ou orthopédique, avec imagerie (IRM) à discuter.
•Instabilité chronique : rééducation proprioceptive bien conduite avant discussion d'une prise en charge chirurgicale.

Questions fréquentes

Quand faut-il demander une radiographie après une entorse de la cheville ?

Selon les critères d'Ottawa, en cas de douleur malléolaire avec sensibilité osseuse malléolaire postérieure ou de la pointe, ou impossibilité de faire quatre pas ; de même pour le médio-pied (base du 5e métatarsien, naviculaire). En dehors de ces critères, la radiographie n'est en principe pas systématique.

Les critères d'Ottawa s'appliquent-ils à l'enfant ?

Ils ont été validés principalement chez l'adulte. Leur utilisation chez l'enfant, notamment le plus jeune, et chez le sujet âgé nécessite prudence et jugement clinique ; se reporter aux référentiels pédiatriques et de la SFMU pour les modalités précises.

Faut-il immobiliser une entorse de cheville ?

Dans l'entorse externe bénigne ou moyenne, le traitement fonctionnel (contention ou orthèse, appui selon la tolérance, rééducation) est privilégié par rapport à l'immobilisation rigide prolongée. Les formes sévères relèvent d'une stratégie adaptée, à vérifier dans les recommandations de la HAS.

Quelle rééducation proposer après une entorse ?

Une rééducation axée sur la récupération de la mobilité, le renforcement et surtout la proprioception est recommandée pour réduire le risque de récidive. Les modalités détaillées figurent dans les recommandations de la HAS sur la masso-kinésithérapie dans l'entorse externe de la cheville.

Sources

  1. 1. Agence nationale d'accréditation et d'évaluation en santé (ANAES, devenue HAS). Recommandations relatives à la masso-kinésithérapie dans l'entorse externe récente de la cheville. 2000. Intitulé exact à vérifier sur has-sante.fr.
  2. 2. Société française de médecine d'urgence (SFMU). Recommandations sur la prise en charge des traumatismes de la cheville aux urgences. Titre exact et année à vérifier sur sfmu.org.
  3. 3. Collège français des enseignants de rhumatologie (COFER). Référentiel de rhumatologie : traumatismes et entorses de la cheville. Édition en vigueur à vérifier.
  4. 4. Assurance Maladie (Ameli). Entorse de la cheville : symptômes, diagnostic et traitement. Page d'information, année de mise à jour à vérifier sur ameli.fr.
  5. 5. Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Anti-inflammatoires non stéroïdiens : informations de sécurité et recommandations de bon usage. Dernière mise à jour à vérifier sur ansm.sante.fr.
  6. 6. Base de données publique des médicaments (BDPM) et Vidal. Résumés des caractéristiques du produit des antalgiques, AINS et HBPM. Version en vigueur à vérifier sur base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr.
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