Pédiatrie 6 min de lecture· 7 novembre 2026

Fièvre de l'enfant : conduite à tenir et signes de gravité

Synthèse documentaire à destination des professionnels de santé sur la prise en charge de la fièvre aiguë de l'enfant : repérage des signes de gravité, traitement symptomatique et critères d'orientation.

Par L'équipe médicale Hippocrate MG

Synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé. Ne constitue pas un avis médical personnalisé ni un dispositif médical. Référez-vous aux sources officielles citées.

Points clés

  • ✓La fièvre est un symptôme généralement bénin : l'enjeu est de repérer une infection bactérienne grave et d'évaluer la tolérance, non de normaliser la température.
  • ✓Tout nourrisson de moins de 3 mois fébrile (température d'au moins 38 °C) relève d'une évaluation médicale urgente, le plus souvent hospitalière.
  • ✓Le purpura fébrile, en particulier extensif ou ecchymotique, est une urgence vitale : antibiothérapie parentérale immédiate puis transfert médicalisé.
  • ✓Le paracétamol reste l'antipyrétique de première intention ; l'association ou l'alternance systématique de molécules n'est pas recommandée.
  • ✓Une réévaluation est nécessaire en cas d'aggravation, de persistance de la fièvre ou d'apparition de nouveaux signes.

En bref

•Définition usuelle : température centrale d'au moins 38 °C, mesurée de préférence par voie rectale ou avec un thermomètre électronique validé (à vérifier sur la source officielle pour les autres voies).
•La fièvre est un mécanisme de défense ; elle ne constitue pas en elle-même un facteur de gravité.
•L'objectif du traitement est le confort de l'enfant, pas l'obtention d'une apyrexie.
•La démarche repose sur trois questions : l'âge, la tolérance clinique et l'existence d'un foyer infectieux identifiable.
•Les recommandations françaises de référence sont anciennes (Afssaps 2005) et complétées par des mises en garde de l'ANSM sur les AINS.

Reconnaître : évaluer la tolérance et repérer les signes de gravité

•Évaluer l'état général : réactivité, interactions, qualité du regard et du cri, consolabilité, tonus, alimentation.
•Signes de gravité à rechercher systématiquement :
–Purpura, notamment non effaçable à la vitro-pression ou extensif
–Troubles de conscience, somnolence anormale, irritabilité inhabituelle, hypotonie
–Raideur de nuque, fontanelle bombée, céphalées intenses avec photophobie
–Détresse respiratoire : tirage, geignement, polypnée, cyanose
–Signes de choc : marbrures, extrémités froides, temps de recoloration allongé, tachycardie
–Signes de déshydratation, refus des boissons, oligurie
–Convulsion prolongée, répétée ou avec déficit post-critique
•Facteurs de vulnérabilité : âge inférieur à 3 mois, immunodépression, drébrocytose ou pathologie chronique sévère, retour récent de zone tropicale (paludisme à évoquer).
•Les pleurs inconsolables ou l'impression clinique d'inquiétude du médecin ou de l'entourage sont des éléments à prendre en compte.

Démarche diagnostique

•Interrogatoire : ancienneté et profil de la fièvre, symptômes associés (ORL, respiratoires, digestifs, urinaires, cutanés), contexte épidémique ou de collectivité, vaccination, voyage, traitements déjà administrés (antipyrétiques, doses, horaires).
•Examen complet, enfant déshabillé : peau (purpura, éruption), ORL (otoscopie, pharynx), auscultation, palpation abdominale, état d'hydratation, signes méningés selon l'âge, examen des articulations.
•Chez le nourrisson de moins de 3 mois, une fièvre isolée impose une évaluation hospitalière avec bilan infectieux orienté (le contenu exact du bilan est à vérifier dans les référentiels officiels et protocoles locaux).
•En l'absence de foyer évident chez le jeune enfant, l'infection urinaire doit être évoquée : la bandelette urinaire est un outil de première intention, avec ECBU de confirmation selon les critères en vigueur.
•Les examens biologiques (CRP, procalcitonine, NFS) et l'imagerie ne sont pas systématiques : ils sont guidés par l'âge, la tolérance et le contexte clinique.
•Un purpura fébrile doit être pris en charge sans attendre les résultats biologiques.

Prise en charge

•Mesures non médicamenteuses : découvrir l'enfant, éviter la surchauffe de la pièce, proposer des boissons régulières. Le bain tiède ou froid n'est pas recommandé comme moyen principal.
•Traitement antipyrétique : à proposer si la fièvre est mal tolérée (inconfort, douleur), non de façon systématique pour atteindre un seuil.
•Paracétamol en première intention : posologie usuelle de l'ordre de 60 mg/kg/jour en 4 à 6 prises (soit environ 15 mg/kg par prise, intervalle minimal de 4 à 6 heures). Posologies et plafonds sont à vérifier sur Vidal ou la BDPM.
•Ibuprofène : alternative possible selon l'AMM (âge et poids minimaux à vérifier). L'ANSM déconseille les AINS en cas de varicelle ou d'infection cutanée, et rappelle de les éviter en cas de déshydratation. Utiliser la dose minimale efficace, sur une durée la plus courte possible.
•L'aspirine n'est pas indiquée comme antipyrétique chez l'enfant.
•L'association ou l'alternance systématique de deux antipyrétiques n'est pas recommandée (risque d'erreur de dosage, absence de bénéfice démontré sur le confort).
•Convulsion fébrile simple : l'antipyrétique ne prévient pas la récidive ; le traitement vise le confort.
•Information de l'entourage : consignes de réévaluation et signes devant conduire à une nouvelle consultation, avec traçabilité dans le dossier.
•Le traitement étiologique (antibiothérapie notamment) dépend du foyer identifié et relève des référentiels spécifiques (SPILF, Antibioclic).

Signes d'alerte et quand orienter

•Urgence vitale (appel du SAMU-Centre 15) :
–Purpura fébrile, avec administration immédiate d'une céphalosporine de 3e génération par voie parentérale selon les recommandations en vigueur (dose à vérifier)
–Signes de choc, détresse respiratoire, troubles de conscience
–Convulsion prolongée ou récidivante
•Orientation hospitalière urgente :
–Nourrisson de moins de 3 mois fébrile
–Suspicion de méningite, d'infection urinaire haute mal tolérée, d'infection ostéo-articulaire
–Déshydratation importante, impossibilité de boire
–Enfant immunodéprimé ou porteur de pathologie chronique sévère
•Réévaluation médicale rapide :
–Fièvre persistant au-delà de 48 à 72 heures (seuil à moduler selon l'âge, à vérifier sur la source officielle)
–Apparition de nouveaux symptômes, aggravation de l'état général
–Fièvre mal tolérée malgré un traitement antipyrétique bien conduit
•Fièvre prolongée (plusieurs jours, notamment au-delà de 5 jours) : penser à la maladie de Kawasaki et aux autres causes inflammatoires ou infectieuses.

Questions fréquentes

À partir de quelle température parle-t-on de fièvre chez l'enfant ?

Les référentiels français retiennent classiquement une température centrale d'au moins 38 °C. La voie rectale ou un thermomètre électronique validé est privilégié (Afssaps, 2005). La mesure doit être interprétée avec l'état clinique, non isolément.

Faut-il systématiquement faire baisser la fièvre ?

Non. Le traitement antipyrétique vise le confort de l'enfant lorsque la fièvre est mal tolérée. Il n'a pas pour objectif de normaliser la température et n'empêche pas les convulsions fébriles (Afssaps, 2005).

Peut-on associer ou alterner paracétamol et ibuprofène ?

Une association ou alternance systématique n'est pas recommandée. Le paracétamol est utilisé en première intention. L'ibuprofène, en cas d'usage, requiert une vigilance particulière (varicelle, infection cutanée, déshydratation) selon les alertes de l'ANSM (2019). Posologies à vérifier sur la BDPM.

Quand faut-il craindre une méningite devant une fièvre ?

En présence de raideur de nuque, céphalées intenses, vomissements, troubles de conscience, fontanelle bombée chez le nourrisson ou purpura. Chez le nourrisson, les signes sont souvent peu spécifiques (irritabilité, hypotonie, refus alimentaire). La prise en charge relève du référentiel SPILF sur les méningites bactériennes.

Sources

  1. 1. Afssaps (ANSM). Prise en charge de la fièvre chez l'enfant : recommandations de bonne pratique. 2005.
  2. 2. ANSM. Anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, kétoprofène) et risque de complications infectieuses graves : point d'information. 2019.
  3. 3. SPILF. Prise en charge des méningites bactériennes aiguës communautaires (à l'exclusion du nouveau-né) : recommandations. 2008 (actualisation à vérifier sur le site de la SPILF).
  4. 4. Base de données publique des médicaments (BDPM) / Vidal. Résumés des caractéristiques du produit : paracétamol et ibuprofène, formes pédiatriques. Données à consulter dans leur version en vigueur.
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