Pédiatrie 6 min de lecture· 7 novembre 2026

Diarrhée aiguë du nourrisson : réhydratation et surveillance

Synthèse documentaire sur la gastro-entérite aiguë du nourrisson : évaluation de l'état d'hydratation, réhydratation orale, alimentation, place limitée des traitements médicamenteux et critères d'orientation.

Par L'équipe médicale Hippocrate MG

Synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé. Ne constitue pas un avis médical personnalisé ni un dispositif médical. Référez-vous aux sources officielles citées.

Points clés

  • ✓L'évaluation de l'état d'hydratation (perte de poids, signes cliniques) conditionne toute la prise en charge.
  • ✓La réhydratation orale par solution de réhydratation orale (SRO) à osmolarité réduite est le traitement de première intention des déshydratations légères à modérées.
  • ✓L'alimentation est reprise précocement ; l'allaitement est poursuivi.
  • ✓Les antidiarrhéiques et les antibiotiques n'ont pas de place systématique ; vérifier AMM et contre-indications sur la BDPM.
  • ✓Âge très jeune, comorbidités, signes de gravité ou échec de la voie orale justifient une orientation hospitalière.

En bref

•Définition usuelle : émission de selles liquides ou molles, plus fréquentes que d'habitude (classiquement au moins 3 par 24 h), évoluant depuis moins de 14 jours.
•Étiologie le plus souvent virale (rotavirus, norovirus, adénovirus) ; évolution habituellement spontanément favorable.
•Le risque principal est la déshydratation, plus rapide chez le nourrisson en raison du rapport surface/poids et des réserves hydriques limitées.
•Les trois axes : réhydratation, maintien de l'alimentation, surveillance avec critères de réévaluation explicites.
•Cette fiche est une synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé ; elle ne remplace ni le jugement clinique ni les référentiels officiels.

Reconnaître : signes cliniques et évaluation de l'hydratation

•Symptômes fréquents : diarrhée, vomissements, fièvre modérée, refus alimentaire, irritabilité.
•Évaluer l'état d'hydratation par la perte de poids rapportée au dernier poids connu (repères classiques : moins de 5 % légère, 5 à 10 % modérée, plus de 10 % sévère ; à vérifier sur la source officielle).
•Signes cliniques à rechercher :
–état général, éveil, comportement (somnolence, hypotonie, irritabilité)
–soif, bouche et muqueuses sèches, absence de larmes, yeux cernés ou enfoncés
–fontanelle déprimée, pli cutané persistant
–temps de recoloration cutanée allongé, extrémités froides, tachycardie, polypnée
–diminution de la diurèse (couches peu mouillées)
•Aucun signe pris isolément n'est parfaitement fiable : privilégier une évaluation globale et la pesée.
•Facteurs de risque de déshydratation : âge inférieur à 6 mois, prématurité ou petit poids de naissance, nombreuses selles ou vomissements fréquents, comorbidités, difficultés d'accès aux soins ou de compréhension des consignes.

Démarche diagnostique

•Le diagnostic est clinique. Rechercher à l'interrogatoire : début, nombre de selles et de vomissements, diurèse, prises alimentaires, contage, voyage, prise d'antibiotiques, mode d'alimentation.
•Examen : pesée systématique et comparaison au poids antérieur, température, examen abdominal, recherche d'un foyer infectieux extradigestif (otite, infection urinaire, méningite) devant une fièvre élevée ou un tableau atypique.
•Pas d'examen complémentaire systématique en cas de gastro-entérite non compliquée.
•Un bilan biologique (ionogramme, fonction rénale, glycémie) est discuté en cas de déshydratation sévère, de perfusion envisagée ou de terrain particulier.
•Une coproculture est discutée en cas de selles sanglantes, de contexte d'épidémie, de terrain à risque, de diarrhée prolongée ou de retour de voyage ; le recours aux examens se fait selon les référentiels (à vérifier sur la source officielle).
•Diagnostics différentiels à garder à l'esprit : invagination intestinale aiguë, appendicite, occlusion, infection urinaire, allergie aux protéines du lait de vache, acidocétose diabétique.

Prise en charge

•Réhydratation orale en première intention pour les déshydratations légères à modérées :
–utiliser une SRO à osmolarité réduite, conforme aux recommandations ESPGHAN/ESPID et OMS (composition exacte et spécialités disponibles à vérifier sur la BDPM)
–les repères de volume de la littérature sont de l'ordre de 30 à 100 mL/kg sur 3 à 4 heures selon le degré de déshydratation, à vérifier sur la source officielle
–proposer de petites quantités fréquentes (cuillère, seringue, petite tasse), y compris en cas de vomissements, en fractionnant davantage
–compenser ensuite les pertes liquidiennes persistantes par la SRO
•Éviter les boissons sucrées, jus de fruits, sodas et préparations maison non standardisées pour la réhydratation.
•Sonde nasogastrique ou voie intraveineuse : à discuter en cas d'échec de la voie orale, de vomissements incoercibles ou de déshydratation sévère, en milieu hospitalier.
•Alimentation :
–ne pas prescrire de diète prolongée ; reprendre l'alimentation habituelle dès la réhydratation
–poursuivre l'allaitement maternel
–le lait habituel est maintenu ; le recours à un lait sans lactose n'est pas systématique (à vérifier sur la source officielle)
•Médicaments :
–antibiotiques non systématiques ; indications limitées selon le germe et le terrain (consulter Antibioclic / SPILF)
–lopéramide contraindiqué chez le nourrisson
–autres antidiarrhéiques (racécadotril, diosmectite) et probiotiques : place limitée et variable selon les sources ; vérifier AMM, âge minimal et contre-indications sur la BDPM et les avis de la HAS
•Prévention : lavage des mains, hygiène des biberons et du change ; vaccination contre le rotavirus recommandée par la HAS chez le nourrisson (calendrier et modalités à vérifier sur la source officielle).
•Surveillance à domicile : consignes à transmettre aux parents sur la diurèse, la reprise des prises, la fréquence des selles, la température, et les critères de nouvelle consultation ; reconvocation et nouvelle pesée selon le contexte.

Signes d'alerte et quand orienter

•Orientation hospitalière à discuter en cas de :
–déshydratation sévère ou état de choc (extrémités froides, TRC allongé, tachycardie, hypotonie)
–altération de la conscience, léthargie, convulsions
–vomissements incoercibles ou bilieux, échec de la réhydratation orale
–âge très jeune (notamment moins de 3 mois), prématurité, pathologie chronique sous-jacente
–perte de poids importante ou impossibilité d'assurer une surveillance fiable à domicile
•Signes de gravité digestifs : sang dans les selles, douleurs abdominales intenses ou pleurs paroxystiques évoquant une invagination, distension abdominale, absence d'émission de gaz ou de selles.
•Fièvre élevée ou mal tolérée chez le nourrisson jeune : rechercher une infection bactérienne invasive.
•Diarrhée persistant au-delà de 14 jours ou stagnation pondérale : réévaluation spécialisée (allergie, malabsorption, infection).

Questions fréquentes

Quelle solution utiliser pour réhydrater un nourrisson ayant une diarrhée aiguë ?

Les recommandations ESPGHAN/ESPID et le référentiel de pédiatrie préconisent une solution de réhydratation orale à osmolarité réduite. Les eaux, jus de fruits et boissons sucrées ne la remplacent pas. Composition et spécialités sont à vérifier sur la BDPM.

Faut-il interrompre l'alimentation ou le lait pendant une gastro-entérite du nourrisson ?

Non. Une diète prolongée n'est pas recommandée : l'alimentation habituelle est reprise précocement après réhydratation et l'allaitement est poursuivi. Le lait sans lactose n'est pas systématique (à vérifier sur la source officielle).

Les antibiotiques sont-ils indiqués dans la diarrhée aiguë du nourrisson ?

Pas de façon systématique, car la cause est le plus souvent virale. Les indications sont limitées à certains germes ou terrains. Consulter Antibioclic (SPILF) pour les situations particulières.

La vaccination contre le rotavirus est-elle recommandée en France ?

La HAS a publié en 2022 une recommandation de vaccination des nourrissons contre le rotavirus. Les modalités de schéma et d'âge sont à vérifier sur la source officielle (HAS, calendrier vaccinal).

Sources

  1. 1. Guarino A, Ashkenazi S, Gendrel D, Lo Vecchio A, Shamir R, Szajewska H. European Society for Pediatric Gastroenterology, Hepatology, and Nutrition / European Society for Pediatric Infectious Diseases evidence-based guidelines for the management of acute gastroenteritis in children in Europe: update 2014. J Pediatr Gastroenterol Nutr. 2014.
  2. 2. Collège national des enseignants de pédiatrie. Référentiel de pédiatrie : diarrhée aiguë chez le nourrisson et l'enfant, déshydratation (édition en vigueur, année à vérifier).
  3. 3. Haute Autorité de santé. Recommandation vaccinale : stratégie de vaccination contre les infections à rotavirus chez les nourrissons. 2022.
  4. 4. SPILF. Antibioclic : diarrhée aiguë de l'enfant, conseil en antibiothérapie (consultation en ligne, version en vigueur à vérifier).
  5. 5. Assurance Maladie (Ameli). Gastro-entérite chez l'enfant : informations et conduite à tenir (version en vigueur à vérifier).
  6. 6. ANSM. Base de données publique des médicaments (BDPM) : solutions de réhydratation orale, antidiarrhéiques (consultation en ligne, version en vigueur à vérifier).
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