Endocrinologie 6 min de lecture· 7 novembre 2026

Carence martiale : diagnostic et supplémentation en fer

Synthèse documentaire à l'usage des professionnels de santé sur le diagnostic biologique de la carence martiale, la recherche de sa cause et les principes de la supplémentation en fer.

Par L'équipe médicale Hippocrate MG

Synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé. Ne constitue pas un avis médical personnalisé ni un dispositif médical. Référez-vous aux sources officielles citées.

Points clés

  • ✓Le dosage de la ferritine sérique est l'examen de première intention pour affirmer une carence en fer.
  • ✓En contexte inflammatoire, la ferritine peut être faussement rassurante : associer le coefficient de saturation de la transferrine (CST) et la CRP.
  • ✓Une carence martiale est un symptôme : la cause doit être recherchée (saignement digestif ou gynécologique, malabsorption, apports insuffisants).
  • ✓Le fer oral reste le traitement de première intention le plus souvent ; la voie intraveineuse est réservée à des situations définies.
  • ✓Le suivi comprend un contrôle de l'hémoglobine et la poursuite du traitement pour reconstituer les réserves.

En bref

•La carence martiale est la première cause d'anémie carentielle ; elle peut exister sans anémie (carence en fer isolée).
•L'anémie ferriprive est typiquement microcytaire et hypochrome, avec une ferritine abaissée.
•Définition OMS de l'anémie de l'adulte, à vérifier sur la source officielle : hémoglobine inférieure à 13 g/dL chez l'homme, 12 g/dL chez la femme non enceinte et 11 g/dL chez la femme enceinte.
•Les populations à risque comprennent les femmes en âge de procréer (ménorragies), la grossesse, les patients avec saignement digestif, malabsorption ou chirurgie bariatrique, les régimes pauvres en fer et les nourrissons.
•Cette fiche est une synthèse documentaire : elle ne remplace ni le jugement clinique ni la consultation des sources officielles.

Signes cliniques : reconnaître la carence en fer

•Signes généraux : asthénie, pâleur, dyspnée d'effort, palpitations, céphalées, troubles de la concentration.
•Signes liés à la carence en fer elle-même, parfois présents sans anémie : fatigue, chute de cheveux, ongles cassants ou striés, koïlonychie, glossite, perlèche, syndrome des jambes sans repos, pica (pagophagie).
•Rechercher à l'interrogatoire : ménorragies, métrorragies, hémorragies digestives (méléna, rectorragies), prise d'AINS ou d'anticoagulants, antécédents de chirurgie digestive ou bariatrique, symptômes de maladie cœliaque, régime végétarien ou végétalien, dons du sang répétés, grossesses rapprochées.
•Chez l'enfant et l'adolescent, évaluer les apports alimentaires, la croissance et les performances scolaires.

Démarche diagnostique

•Bilan de première intention : numération formule sanguine (hémoglobine, VGM, TCMH, réticulocytes si besoin) et ferritine sérique.
•Recommandation HAS (2011) : la ferritine est le marqueur de référence des réserves en fer ; un seuil de l'ordre de 30 µg/L est classiquement retenu en l'absence d'inflammation (valeurs exactes et seuils pédiatriques à vérifier sur la source officielle).
•En cas de syndrome inflammatoire, d'insuffisance rénale, d'hépatopathie ou de cancer, la ferritine peut être normale ou élevée malgré une carence : doser la CRP et le coefficient de saturation de la transferrine (CST ; une valeur basse, de l'ordre de moins de 20 %, oriente vers une carence fonctionnelle ou vraie, à vérifier).
•Le dosage du fer sérique seul n'est pas recommandé pour le diagnostic, car il est très variable.
•Diagnostic différentiel de l'anémie microcytaire : syndrome inflammatoire chronique, thalassémie ou hémoglobinopathie (ferritine normale, électrophorèse de l'hémoglobine), anémie sidéroblastique.
•Recherche étiologique, indispensable :
–Femme en âge de procréer : évaluer les pertes menstruelles et la grossesse.
–Homme et femme ménopausée : explorer le tube digestif (endoscopie digestive haute et basse selon le contexte) à la recherche d'une lésion saignante, notamment néoplasique.
–Sérologie de la maladie cœliaque (anticorps anti-transglutaminase avec dosage pondéral des IgA) et recherche d'une infection à Helicobacter pylori selon le contexte.
–Évaluer les médicaments en cause (AINS, antiagrégants, anticoagulants, inhibiteurs de la pompe à protons qui réduisent l'absorption).

Prise en charge : supplémentation en fer

•Principes généraux : traiter la cause, corriger la carence, reconstituer les réserves.
•Voie orale en première intention dans la plupart des cas : sels ferreux (sulfate, fumarate, gluconate…) selon les spécialités disponibles. La posologie en fer élément dépend du produit et de l'âge : se référer au RCP (base publique des médicaments / Vidal).
•Optimiser l'observance et l'absorption :
–Les effets indésirables digestifs (nausées, douleurs épigastriques, constipation, selles noires) sont fréquents et motivent des arrêts.
–En cas d'intolérance, des adaptations (changement de sel, fractionnement ou prise discontinue, prise au cours du repas) sont décrites dans la littérature ; à confronter aux recommandations officielles.
–Limiter les facteurs réduisant l'absorption (thé, café, calcium, IPP) et favoriser les apports alimentaires en fer héminique.
•Suivi usuel : contrôle de l'hémoglobine environ 3 à 4 semaines après le début, avec une ascension attendue ; en l'absence de réponse, rechercher une mauvaise observance, une malabsorption, un saignement persistant ou un autre diagnostic.
•Durée : la poursuite du traitement après normalisation de l'hémoglobine, pendant plusieurs mois, est habituellement proposée pour restaurer les réserves, avec contrôle de la ferritine (durée précise à vérifier sur la source officielle).
•Voie intraveineuse : à discuter en cas d'intolérance ou d'échec du fer oral, de malabsorption avérée, de saignement important continu, de besoin de correction rapide ou de contextes spécifiques (maladie inflammatoire chronique de l'intestin, insuffisance rénale chronique, insuffisance cardiaque, grossesse avancée). L'administration se fait en milieu équipé pour la prise en charge d'une réaction d'hypersensibilité, conformément aux alertes de l'ANSM.
•Grossesse et allaitement : s'appuyer sur les recommandations obstétricales françaises et sur le RCP des spécialités concernées.
•Transfusion : réservée aux anémies mal tolérées ou aux situations d'urgence.

Signes d'alerte et quand orienter

•Anémie mal tolérée (dyspnée de repos, douleur thoracique, syncope, tachycardie) ou hémoglobine très basse : orientation urgente ou hospitalisation.
•Saignement digestif actif (méléna, hématémèse, rectorragies abondantes) : urgence.
•Carence martiale chez l'homme ou la femme ménopausée sans cause évidente, ou avec altération de l'état général, amaigrissement ou modification du transit : exploration digestive et avis gastro-entérologique.
•Absence de réponse au traitement bien conduit : avis spécialisé (hématologie, gastro-entérologie).
•Suspicion d'hémoglobinopathie, d'anomalie des autres lignées ou de syndrome myélodysplasique : avis hématologique.
•Ménorragies abondantes persistantes : avis gynécologique.
•Ferritine très élevée ou saturation élevée : ne pas supplémenter ; rechercher une surcharge en fer.

Questions fréquentes

Quel examen biologique privilégier pour affirmer une carence en fer ?

La HAS recommande la ferritine sérique comme examen de référence des réserves en fer, avec une numération formule sanguine. En contexte inflammatoire, associer la CRP et le coefficient de saturation de la transferrine. Les seuils précis sont à vérifier sur la source officielle.

Faut-il toujours rechercher une cause à une carence martiale ?

Oui. La carence en fer est un signe, pas un diagnostic complet. Chez l'homme et la femme ménopausée, une lésion digestive saignante doit être écartée. Chez la femme en âge de procréer, évaluer les pertes menstruelles et la grossesse, et rechercher une malabsorption selon le contexte.

Quand envisager le fer intraveineux ?

Il est envisagé en cas d'intolérance ou d'échec du fer oral, de malabsorption, de besoin de correction rapide ou de pathologies particulières comme les maladies inflammatoires intestinales ou l'insuffisance rénale chronique. L'ANSM rappelle le risque de réactions d'hypersensibilité : surveillance et matériel de réanimation à disposition.

Pendant combien de temps poursuivre la supplémentation ?

La poursuite après normalisation de l'hémoglobine est habituellement proposée pour reconstituer les réserves, avec contrôle de la ferritine. La durée exacte et les posologies sont à vérifier dans les recommandations et le RCP de la spécialité utilisée.

Sources

  1. 1. Haute Autorité de Santé. Choix des examens du métabolisme du fer en cas de suspicion d'une carence en fer. Saint-Denis La Plaine: HAS; 2011.
  2. 2. Haute Autorité de Santé. Évaluation de l'intérêt du dosage de la ferritine et des examens du bilan martial. Saint-Denis La Plaine: HAS; 2011 (intitulé exact à vérifier sur has-sante.fr).
  3. 3. Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Fer injectable : information de sécurité sur le risque de réactions d'hypersensibilité. ANSM; 2013 (à vérifier sur ansm.sante.fr).
  4. 4. Base de données publique des médicaments (BDPM). Résumés des caractéristiques du produit des spécialités à base de fer. Ministère de la Santé, ANSM, HAS; consultation 2025 (base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr).
  5. 5. Assurance Maladie (Ameli). Anémie : symptômes et prise en charge. Assurance Maladie; 2024 (à vérifier sur ameli.fr).
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