Endocrinologie 6 min de lecture· 7 novembre 2026

Carence en vitamine D : quand doser et comment supplémenter ?

Synthèse documentaire à destination des professionnels de santé sur les indications du dosage de la 25(OH)D, l'interprétation des résultats et les principes de supplémentation en France.

Par L'équipe médicale Hippocrate MG

Synthèse documentaire destinée aux professionnels de santé. Ne constitue pas un avis médical personnalisé ni un dispositif médical. Référez-vous aux sources officielles citées.

Points clés

  • ✓Le dosage systématique de la 25(OH)D en population générale n'est pas recommandé par la HAS.
  • ✓Le dosage est réservé à des situations cliniques ciblées, qui conditionnent aussi le remboursement.
  • ✓La forme de référence est le cholécalciférol (vitamine D3), avec une dose de charge si carence puis un entretien.
  • ✓Une supplémentation sans dosage préalable reste possible chez les sujets à risque (personnes âgées, nourrissons).
  • ✓Les surdosages sont rares mais exposent à l'hypercalcémie : vérifier les doses cumulées.

En bref

•La vitamine D est synthétisée par la peau sous l'effet des UVB, avec un apport alimentaire accessoire.
•Le marqueur biologique de référence est la 25-hydroxyvitamine D (25(OH)D) sérique.
•La HAS (2013) a restreint les indications du dosage, car l'utilité clinique d'un dosage systématique n'est pas démontrée.
•Une insuffisance asymptomatique est très fréquente en France, surtout en fin d'hiver. Elle ne justifie pas à elle seule un bilan systématique.
•Les valeurs de seuils et schémas exacts sont à vérifier sur la source officielle (HAS, Vidal/BDPM, sociétés savantes).

Reconnaître : populations et signes cliniques

•Populations à risque documentées : personnes âgées, notamment institutionnalisées ou peu exposées au soleil ; peau foncée ; port de vêtements couvrants ; obésité ; nourrissons et jeunes enfants ; femmes enceintes.
•Causes secondaires : malabsorption (maladie cœliaque, maladie inflammatoire chronique de l'intestin, chirurgie bariatrique), insuffisance hépatique ou rénale chronique, syndrome néphrotique.
•Médicaments inducteurs enzymatiques (certains antiépileptiques, rifampicine) pouvant accélérer le catabolisme de la vitamine D.
•Signes cliniques d'une carence profonde : douleurs osseuses diffuses, faiblesse musculaire proximale, tétanie ou paresthésies en cas d'hypocalcémie.
•Chez l'enfant : rachitisme (retard de fermeture des fontanelles, déformations osseuses, retard statural). Chez l'adulte : ostéomalacie, fractures de fragilité.
•La plupart des carences sont pauci-symptomatiques ; l'absence de signe n'exclut pas une déficience.

Démarche diagnostique : quand doser la 25(OH)D

•Position HAS (rapport 2013) : pas de dosage en dépistage systématique chez le sujet sain. Le dosage est limité à des situations précises.
•Situations généralement citées (liste à vérifier sur le rapport HAS et la nomenclature en vigueur) : suspicion de rachitisme ou d'ostéomalacie, ostéoporose documentée avant traitement, chutes répétées chez le sujet âgé, hyperparathyroïdie, maladie osseuse métabolique, certaines malabsorptions ou chirurgies bariatriques, insuffisance rénale chronique selon avis spécialisé.
•Le remboursement du dosage par l'Assurance Maladie est lié à ces indications. Vérifier la nomenclature (NABM) et les informations Ameli.
•Bilan associé selon le contexte : calcémie, phosphatémie, créatininémie, PTH, phosphatases alcalines.
•Repères d'interprétation habituellement utilisés en France (à vérifier sur la source officielle) :
–carence profonde : environ moins de 10 ng/mL (25 nmol/L)
–insuffisance : environ 10 à 30 ng/mL
–cible : environ 30 ng/mL (75 nmol/L) ou plus, notamment chez le sujet à risque osseux
–conversion : ng/mL x 2,5 = nmol/L
•Tenir compte de la variabilité inter-méthodes et de la saisonnalité avant de conclure.

Prise en charge : principes de supplémentation

•Forme privilégiée : cholécalciférol (vitamine D3), disponible en ampoules à prise espacée, en gouttes ou en comprimés. Consulter le RCP sur la BDPM ou le Vidal pour les spécialités et dosages.
•Carence avérée chez l'adulte : dose de charge cumulée répartie sur plusieurs semaines, puis traitement d'entretien quotidien ou espacé. Les schémas chiffrés varient selon les référentiels (HAS, GRIO, Société française de rhumatologie) : à vérifier sur la source officielle.
•Sujet âgé à risque : une supplémentation d'entretien peut être débutée sans dosage préalable, selon les recommandations de prévention.
•Ostéoporose : corriger la carence avant ou en même temps qu'un traitement antiostéoporotique, et évaluer les apports calciques alimentaires. Éviter une supplémentation calcique systématique si l'apport alimentaire est suffisant.
•Nourrisson et enfant : supplémentation systématique selon le schéma de la Société française de pédiatrie, avec doses et durées à vérifier. Privilégier des formes dont le dispositif de mesure limite le risque d'erreur de dosage.
•Grossesse : supplémentation généralement proposée, notamment en dose unique au cours du dernier trimestre. Vérifier le schéma auprès du CNGOF, de la HAS et du CRAT.
•Mesures associées : exposition solaire raisonnable, alimentation riche en poissons gras et produits enrichis, sans substitut à la supplémentation en cas de carence.
•Informer le patient sur la prise unique de doses espacées et la nécessité d'éviter les doublons de spécialités.

Surveillance et signes d'alerte : quand orienter

•Un contrôle de la 25(OH)D n'est pas systématique. Il peut être envisagé environ 3 mois après une dose de charge si une carence profonde ou une pathologie osseuse est en cause.
•Surdosage : rare, il survient surtout lors de doses cumulées élevées, de doublons de prescription ou d'erreurs chez le nourrisson. Il se manifeste par une hypercalcémie (nausées, polyurie, soif, constipation, confusion, lithiase, néphrocalcinose).
•Contre-indications et précautions à vérifier au RCP : hypercalcémie, hypercalciurie, lithiase calcique, sarcoïdose et autres granulomatoses, hyperparathyroïdie primitive, insuffisance rénale.
•Orienter vers un avis spécialisé (endocrinologie, rhumatologie, néphrologie, pédiatrie) en cas de :
–hypocalcémie symptomatique ou tétanie
–suspicion de rachitisme ou d'ostéomalacie
–carence réfractaire malgré une supplémentation adaptée (malabsorption à rechercher)
–hypercalcémie ou hyperparathyroïdie associée
–insuffisance rénale chronique avancée
•Consulter les alertes de l'ANSM sur les spécialités à base de vitamine D, notamment les risques de surdosage accidentel chez le nourrisson.

Questions fréquentes

Faut-il doser systématiquement la vitamine D chez un adulte sans symptôme ?

Non. Selon le rapport HAS de 2013, le dosage de la 25(OH)D n'est pas recommandé en dépistage systématique chez le sujet sain. Il est réservé à des indications précises, à vérifier dans le rapport et dans la nomenclature en vigueur.

Quelle est la forme de vitamine D à privilégier ?

Le cholécalciférol (vitamine D3) est la forme habituellement utilisée en France. Le choix de la spécialité, de la galénique et des doses doit se faire à partir du RCP sur la BDPM ou le Vidal.

Le dosage de la vitamine D est-il remboursé ?

Le remboursement par l'Assurance Maladie est conditionné à des situations cliniques listées dans la nomenclature. Les indications exactes et les conditions de prise en charge sont à vérifier sur Ameli et dans la NABM.

Quels sont les risques d'une supplémentation excessive ?

Le principal risque est l'hypercalcémie, avec ses complications rénales. Il survient surtout en cas de doses cumulées élevées ou de doublons de prescription. Vérifier la dose totale reçue et les mises en garde de l'ANSM, notamment chez le nourrisson.

Sources

  1. 1. Haute Autorité de santé. Utilité clinique du dosage de la 25 OH vitamine D : rapport d'évaluation. Saint-Denis La Plaine : HAS ; 2013. https://www.has-sante.fr
  2. 2. Vidailhet M, Mallet E, Bocquet A, et al. Vitamine D : apports nutritionnels en pédiatrie (Comité de nutrition de la Société française de pédiatrie). Arch Pediatr. 2012. À vérifier sur la source officielle.
  3. 3. Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Informations et mises en garde sur les spécialités à base de vitamine D. https://ansm.sante.fr
  4. 4. Base de données publique des médicaments. Résumés des caractéristiques du produit des spécialités à base de cholécalciférol. https://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr
  5. 5. Assurance Maladie (Ameli). Dosage de la vitamine D : conditions de prise en charge. https://www.ameli.fr
  6. 6. Groupe de recherche et d'information sur les ostéoporoses (GRIO) et Société française de rhumatologie. Recommandations sur la vitamine D et l'ostéoporose. À vérifier sur la source officielle.
  7. 7. Centre de référence sur les agents tératogènes (CRAT). Vitamine D et grossesse. https://www.lecrat.fr
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